• Migrants

    Le flux de réfugiés submerge l’Europe. Je croyais aller voir un film sur les migrants tamouls, j’ai vu un film sur les banlieues françaises.

    Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015) Dheepan (sur les écrans le 26 août) commence et finit (presque) dans un bain de sang. Sri Lanka et « Le Pré », même barbarie. La cité sans foi, ni loi, ressemble à un champ de bataille : guetteurs sur les toits, revolvers dans le « survêt », zones interdites. La fausse famille, composée dans un camp de réfugiés, observe, médusée, les codes d’un monde étrange. Une énigme qui s’ajoute à l’exil, à la barrière des langues, aux tensions internes d’un homme, d’une femme et d’une fillette qui s’efforcent d’apprendre le vivre ensemble.

    Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015)             Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015)


    Cette première partie plutôt sociologique ne fait qu’effleurer la situation précaire d’exilés dans un pays inconnu. Audiard esquisse des thèmes intéressants et les trucide dans le film de genre viril qu’il affectionne et déploie dans une deuxième moitié archi-violente. J’étais sonné et dégoûté à la fin de la projection. Je n’ai retenu que la guérilla en barres d’immeubles closes, oubliant les instants de paix d’une famille qui se cherche, de gens qui se parlent malgré leurs différences.


    C’est l’effet voulu, je crois, par un cinéaste hanté par la violence, attiré par la face sombre de la nature humaine. Il ne laisse jamais briller longtemps la lumière de l’espoir et de la paix, agité par je ne sais quel tourment personnel.


    En tout cas, je n’étais pas d’humeur à être secoué hier soir. J’étais donc énervé et irrité en sortant du cinéma, au contraire des supporters croisés en chemin qui convergeaient en rangs serrés vers l’écran géant où était retransmis le match des diables rouges. Joie réelle ou factice des fans, heureux de vivre un bon moment loin de la fureur du monde, de la routine d’une vie linéaire.
    Contraste et réalité de l’existence, souffle du chaud et du froid, demande de réconfort moral.

    Ce matin, j’ai renoncé à la vision de presse de Ni le ciel, ni la terre, sur des soldats français à la dérive dans les montagnes afghanes.

    Pourtant, je « sens » bien ce premier long-métrage (le 30/09 en France et le 7/10 en Belgique) mais inutile de gonfler ma morosité passagère.Ni le ciel ni la terre


    J’ai envie de cinéma réconfortant, délassant, distrayant. J’aspire à la douceur, « force de transformation secrète, prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance.» (Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, p.17)


    Les lecteurs de Le cinéma, une douce thérapie, savent comment Les demoiselles de Rochefort m’ont donné un coup de fouet. Le cinéma permet de relire sa vie à travers les films compagnons de moments pénibles ou heureux. Voilà qui m’incite à vous livrer quelques suggestions extraites de mon deuxième ouvrage (dont les chiffres d’achats sont encourageants deux bons mois après sa publication)

    Quels films vous divertissent ?
    Pensez aux films qui ont allégé des moments pénibles ou libéré une émotion enfouie. Ont-ils encore le même impact quand vous les revoyez.
    Chantonnez-vous encore un air ou un refrain inusable ?  Un brin de promotion

     

    Je propose aussi le récit de vingt-sept films, toniques et inspirants en deuxième partie de l’opus paru aux éditions Chronique sociale
    Le cinéma n’est pas ma seule ressource morale. La lecture me procure également une dose de bonne humeur, de découverte, de réflexion. En écho à l’actualité, j’ai lu quasiment d’une traite Je ne suis pas celle que je suis. L’auteure est iranienne et vit à Paris depuis ses 26 ans. Je ne suis pas celle que je suis par Djavann

    Chahdortt Djavann se défend d’avoir écrit une autobiographie. Son héroïne fuit l’Iran des mollahs et vit d’expédients à Paris tout en commençant une psychanalyse en français, appris en épluchant le Petit Robert. Elle se dépouille de la langue de l’oppression et conquiert ainsi sa liberté. La langue française la sort de l’exil et la réconcilie avec elle-même. Le récit alterne entre la vie à Téhéran et les séances d’analyse à Paris, chez un psychanalyste lacanien pur jus.


    Paris - Salon du livre 2012 - Chahdortt Djavann - 001.jpg Chahdortt Djavann confesse que certaines des expériences de son personnage lui sont familières, mais elle ne dira pas lesquelles. Comme si Jacques Audiard allait dévoiler l’origine de sa fascination pour la violence. Ecrit parfois à l’emporte-pièce, le parcours à la fois aventureux et introspectif de l’exilée m’a suffisamment intrigué pour que j’achète la suite de l'exofiction : La dernière séance,La dernière séance titre évocateur s'il en est.

     

     

     

     

     

     


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