• Mémorable

     

     

     

     

    Les souvenirs viennent à ma rencontre

                                                                      J'aime le titre : Les souvenirs viennent à ma rencontre.

                      Je considère l'homme comme un des grands penseurs des vingtième et vingt et unième siècle : Edgar Morin.

    Quand les souvenirs lui viennent, il les laisse proliférer d'eux-mêmes,épanouis dans un livre fleuve. Il a pu les consigner à l'avant-veille de son centenaire ici-bas. Je connaissais son amour du cinéma. Il consacre une petite vingtaine de pages (sur 762) à son penchant adoré. Il se réfugie dans les salles obscures après la mort prématurée de sa mère. De beaux films l'enchantent entre onze et treize ans.

    "La salle de cinéma était pour moi une bonne caverne enveloppante, les films me happaient et me faisaient participer à leur aventure, leur vie m'insufflait de la vie. Certes je m'évadais de la réalité, mais dans cette imaginaire, je découvrais les réalités de la vie (page 367).

    Lorsque je préparais mon premier ouvrage sur les vertus thérapeutiques du cinéma, j'ai lu son livre paru en 1956, Le cinéma ou l'homme imaginaire, fruit de ses recherches au CNRS sur "un objet sociologique et anthropologique inconnu, voire méprisé, mais où j'étais sûr que nul ne viendrait me déranger." (page 481) Le livre n' a pas pris une ride.

    Comme lui, le cinéma m'a consolé de bien des peines au même âge. Des films l'ont marqué à vie au point de retrouver la vidéo de L'Atlantide de Pabst et de passer en boucle la séquence qui l'avait subjugué il y a quatre-vingts ans.

                                      L'Atlantide

    La blonde Antinéa (Brigitte Helm) avait envoûté le jeune Edgar.La femme fatale donne une leçon d'échecs à un prétendant. La partie se déroule en silence, la belle assise sur un sofa, une panthère à ses côtés qu'elle fait taire d'un "chut !" implacable.Nuits blanches en perspective.Il se souvient aussi de la chanson de À nous la liberté vu en 1931, qu'il fredonne encore volontiers en 2019.

    De cinéphage, il devient cinéphile, fréquente la première salle d'art et d'essai à Montmartre, le Studio 28, toujours active.Il reçoit un petit crédit pour se rendre au festival de Cannes en 1954 durant ses recherches. Il raconte sa quête d'un smoking obligatoire aux projections du soir. Il consomme de la pellicule du matin jusqu'à la nuit (page 483).

    Il tourne même un film avec l'ethnologue Jean Rouch, Chronique d'un été, succession de tête-à-têtes au départ d'une seule question : comment vis-tu ?, qu'il se posait à lui-même à la fin des années cinquante. Il ne put jamais monter les vingt heures de tournage après un premier montage de Rouch. Cinquante années plus tard, un jeune admirateur a retrouvé les rushs du film, oubliés dans une armoire du CNRS. Le film a été reconstitué selon les indications chronologiques de Morin à l'époque.La version authentique dure cinq heures; elle pourrait être diffusée en cinq soirées à la télévision.

                                              Edgar Morin, Chronique d'un regard : Photo

    À·98 ans, il regrette de ne pouvoir se nourrir de quatre à cinq films par semaine comme il l'a fait pendant des années.Selon l'éternel amoureux (de la vie, des femmes, du questionnement), "le cinéma est l'art multidimensionnel où images, paroles, musiques s'entre-fécondent" (page 378). Un art multidimensionnel telle sa façon de penser, nourrie d'événements et d'expériences, fécondée par les rencontres et l'amour de gens inoubliables. La vie passionnante d'un siècle.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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