• Mémoire sélective

     

     

     

     

                                              http://fr.web.img6.acsta.net/c_300_300/pictures/16/07/08/17/21/476568.jpg                   https://media.senscritique.com/media/000016721002/source_big/Noces.jpg

     

     

    Tramontane et Noces, deux films que j’ai vus au dernier Festival international du film francophone de Namur. Je ne comptais pas en parler. Le premier évoque les séquelles de la guerre civile au Liban, le second retrace les rétroactes d’un crime d’honneur commis dans une famille belgo-pakistanaise. Noces s’inspire d’un fait réel qui s’est produit en 2007 à Charleroi. Le père et la mère, le frère et la sœur de la victime ont tous été reconnus coupables devant la cour d’assises de décembre 2011. Hormis la sœur, les prévenus ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Je me souviens vaguement des images des deux films. Je me  rappelle surtout des deux héros, personnalités fortes allant jusqu’au bout de la résistance à la tradition et à la loi du silence.

     

    Zahira (Lina El Arabi) résiste à l’atavisme féminin qui cautionne les mariages forcés. Elle refuse le mariage avec un compatriote vu trois fois via internet. La jeune fille de dix-huit ans déjoue toutes les pressions, paternelle, maternelle et même celle de  sa sœur revenue expressément du Pakistan pour lui vanter les avantages d’une union arrangée.

                                                               

                                                    - C’est injuste, dit Zahira. J’en aime un autre.

                                                    - Qu’est-ce que tu crois, on est des femmes, on n’a pas le choix, sermonne sa grande sœur.

    Cette histoire m’a fait penser à L'étrangère sorti en 2011 qui traitait d’un sujet similaire. Une mère et son enfant quittent Istanbul où ils étouffent  au sein d’une belle-famille traditionaliste. Umay retourne chez ses parents à Berlin. Ceux-ci voient d’un très mauvais œil le désir d’indépendance de leur fille. La tentative d’évasion finira dans le sang. Feo Aladag, réalisatrice autrichienne mariée à un Turc signait un film engagé au contraire de Stephan Strekker dont les Noces ne juge, ni prend parti. Une position difficile à tenir pour moi, qui avait déjà sursauté à l’exécution de la jeune turque voici six ans. Ce  premier récit tragique a probablement émoussé mon émotivité. J’ai regardé Noces en étant étranger  à une réalité qui tue chaque année des dizaines de femmes insoumises. Oui à l’honneur, s’il transcende l’être humain, non s’il détruit autrui. Tuer sa sœur ou son épouse me paraît monstrueux, quels que soient les religions ou les coutumes. Je ne comprends pas et je ne cherche pas à comprendre.

    Rabih (Barakat Jabbour), lui, cherche ses parents biologiques. Il sillonne un Liban amnésique, en quête d’un acte de naissance insaisissable. En revoyant la bande-annonce de Tramontane, afin de me rafraîchir les idées, des images de concert me reviennent à la mémoire. Les mélopées envoûtantes de Rabih expriment une mélancolie intarissable, tempérée par l’espoir de jours meilleurs. Je ne sais plus si le chanteur obtient son visa pour une tournée en Europe, mais je conserve l’image d’un homme obstiné et courageux, décidé à en finir avec l’hypocrisie de factions ennemies hier, soudées aujourd’hui dans le silence des exactions perpétrées au nom de causes bancales.

    Tramontane est sorti en France avant Noces, et inversement. Le film belge tient mieux l’affiche que le premier film de Vatche Boulghourjian, mais ils sont encore visibles dans nos deux pays. Ces échappées dans des sociétés fermées méritent respect et intérêt. Ces longs-métrages de jeunes cinéastes sont à classer parmi les films édifiants.

     

                                                                                     Tramontane : Photo Barakat Jabbour


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