• Méli-mélo

     

      J’ai terminé la lecture de La fille du train.

    Ce premier roman prisé par quinze millions de lecteurs tient en haleine jusqu’au dernier quai. Je lis de temps en temps le texte qui inspire le cinéma. Non pour comparer mais pour observer l’irrigation imagée d’un fleuve de mots. Le cinéaste puise son fil conducteur à la source des cinquante pages initiales du livre. Il s’attache à Rachel alors que la romancière nous installe dans les pensées de trois femmes reliées au cœur d’un destin funeste. J’ai arrêté de comparer livre et film. Les mots ont pris le dessus. Le film en tête, (je lis dans la semaine suivant la vision) j’agrémente la lecture de personnages et de décors déjà  plantés. Je peux dès lors me concentrer sur la psychologie des protagonistes. C’est tranché, je préfère voir avant de lire, encore que parfois je lis les premières pages  juste avant d’entrer dans la salle de projection.

    Ces deux dames avaient lu Une vie entre deux océans avant de voir le film de Derek Cianfrance. Elles m’apprennent  que c’est un premier roman à succès publié en 2012. Les deux lectrices sont ravies du traitement cinématographique, fidèle à l’esprit du livre.

    "Même si on ne s'est jamais parlé, j'ai noué une relation très forte avec elle mentalement. J'ai considéré son livre comme un texte sacré. Je l'ai lu si souvent que j'ai fini par le mémoriser. J'ai constamment cherché à restituer les sentiments que j'ai éprouvés en le lisant la première fois. C'était mon étoile polaire", confie le metteur en scène.

    Dans la salle, cinq personnes, deux générations. L’homme essuie une larme la fin, les deux jeunes filles lisent le générique jusqu’au bout. Elles sont silencieuses. Le film a été tourné en Tasmanie, la photo est superbe. Seule la deuxième partie m’intéressait. Je le savais d’avance. Je voulais observer l'évolution d'un couple à la suite d'un geste insensé posé par amour.

                                                                   Une vie entre deux Océans : Photo

    Je retiens un message : la haine, il faut s’en occuper constamment tandis que pardonner ne prend qu’une minute. Ce drame léché et interprété avec conviction tourne encore dans une dizaine de salles en France et une quinzaine en Belgique. Je ne lirai pas le livre, les images me suffisent. Le mélo, j'aime pas trop.

    Le sort de l’enfant m’a ému plus que le tourment des parents. L’émotion générée a été de faible intensité. Je me  suis « abandonné au rythme ralenti du film sinon au simple écoulement du temps (comme lorsqu’on regarde longuement un paysage ou un feu de bois) comme l’écrit Michel Condé en analysant l’intensité émotionnelle au cinéma. Son essai érudit sur la réception filmique vient de paraître chez L'Harmattan,  Cinéma et Fiction, 359 pages.

     

    Amour et drame, l’essence du Septième Art. Le jour se lève, Quai des brumes, Casque d’or ont charmé Bertrand Tavernier  au point de leur consacrer une belle étape de son Voyage à travers le cinéma français  vu dans ses ultimes séances en Belgique.

           Au cinéma, j’apprends la vie, la vie des autres et je découvre la mienne, affirme le réalisateur- historien.

    Son documentaire de 3h15 commence à la première personne, à Lyon, dans le jardin familial, avec son père, continue avec L’horloger de St. Paul tourné dans sa ville natale. L’enfant se souvient ensuite de sa première émotion sur grand écran à trois ans, une poursuite en voiture de Dernier atout de Jacques Becker.

                                                             (1942)

     

    Naturellement, Becker chapeaute  la sélection d’auteurs français et de 592 extraits de films, de 1940 à 1970.Tavernier nous révèle les faces cachées de Jean Gabin et Jean-Pierre Melville, les colères de Belmondo et de Claude Sautet. Il parsème sa rétrospective de ces petits rien qui font la grandeur d’une œuvre. Je retiens le masque d’Éric Von Stroheim suggéré par Edmond T.

    Gréville alors que l’acteur voulait jouer un cul de jatte dans Menaces. C’était plus simple au tournage de filmer un homme masqué qu'un nabot. Il y a aussi Gabin qui déteste monter un escalier et le fait d’initiative pour aider Simone Signoret dans Le chat. Ces  grands acteurs n’avaient pas besoin d’effets spéciaux, leur prestance captivait les foules. Des anecdotes savoureuses permettent de garder l’attention en dépit d’un commentaire monocorde et continu.

    J’aurais aimé quelques respirations dans le défilement de 592 extraits, par exemple, en étoffant le chapitre consacré aux compositeurs de musiques légendaires comme la guitare des Jeux Interdits ou la trompette de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud. Reste un formidable document, hommage au cinéma décliné prochainement sur le petit écran en neuf émissions de cinquante-deux minutes.


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