• Méga, Giga, Patatras

     

     

    J’hésitais entre Les 2 Alfred et Le discours, deux comédies françaises. J’aime bien les frères Podalydès. Eux aussi s’aiment bien, c’est flagrant à l’écran. Denis incarne un chômeur engagé pour son ancrage local par une jeune pousse (start-up). Bruno vit de minis boulots payés à l’heure, tel remplacer quelqu’un dans une manifestation, par exemple. « Les gens en ont marre de se faire taper dessus. »

    - Ah oui. La manif pour le climat, il n’y avait plus personne après une heure.

    - C’est que c’était tous des remplaçants.

     

    Les 2 Alfred

    Le ton est donné d'une satire tendre et aigre-douce de notre société hyper connectée. Le film catalogue  les innovations technologiques les plus absurdes et les dézingue avec humour. Je n’achèterai jamais une voiture autonome. L’auto intelligente se prête aux meilleurs gags de cette petite heure trente de doux délire.

    Les acronymes pleuvent, impersonnels et incompréhensibles pour les non-branchés. Les employés de The Box pratiquent également un sabir franglais déroutant. Ne dites plus « je vais changer ton horaire », dites « je te rechaidule », dérivé de schedule –horaire en anglais-. Rien que l’écrire m’épuise. Denis est « out » au début puis il s’adapte pour devenir « on the wave » (on ne dit plus "in").

     

                                     Les 2 Alfred: Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Luàna Bajrami, Leslie Menu

    Entretemps, son nouveau pote, Bruno, colmate les brèches et drague sur la pointe des pieds la terrible executive woman au bord de la crise de nerfs. Les brèches, c’est la garde des deux enfants que Denis ne peut pas déclarer à la jeune pousse « Be cool », celle-ci étant « No child ». Vous me suivez ?

    Ajoutez une pincée de guerre des drones, de T-Shirt siglés, genre « c’est en ne bougeant pas que l’on sent ses chaînes », une critique judicieuse de l’uberisation (esclavage) du travail et vous avez un ensemble jubilatoire, rigolo, émouvant et poétique.

    Bruno Podalydès réalise à contre-courant un film pas très léché formellement mais sacrément bien typé, portrait d’un monde au seuil du gouffre technologique. Nous voilà incités à mobiliser la capacité de résistance qui sommeille en nous.

     « Ça fait du bien de rire, dit une spectatrice à la sortie (celle qui riait avec moi). Je suis contente d’être revenue au cinéma. Maintenant, je retourne dans ma province. »

    Moi, je reste en ville. J’ai Un espion ordinaire en point de mire. Je renoue avec un passé de critique professionnel où je voyais parfois trois films d’affilée. Ici, deux heures me séparent de la prochaine évasion. J’ai le temps d’acheter un livre écrit au temps du corona. Deux thérapeutes de sexe différent publient la correspondance échangée d’avril à décembre 2020. Oui, oui, ils se sont écrit des lettres. Quelle audace et quel plaisir de lecture. Ils échangent ce que leurs patients leur apprennent, parlent de leur vie, engouements, soucis et valeurs reconsidérées à l'épreuve d'une situation exceptionnelle... jusqu'à la suivante.

     

    Grandir, vivre, devenir

     

                                                   Je lis, page 249 : … « Dès que nous ne sommes plus dans la norme, tombons-nous dans le pathologique ? Non, je ne le crois pas… C’est un sujet immense. Ce sujet du décalage. Réel ou ressenti. »

    Je considère Les 2 Alfred comme un acte de résistance à l’emprise de la société digitalisée.Je parie que ceux qui riaient (2/7) dans la salle étaient les moins connectés dans la vie réelle. Je suis très rétif à la normalité numérique; en ce sens, je me sens décalé. Je me suis donc senti conforté en regardant un film qui pense comme moi. Je plaide en faveur d’une utilisation raisonnée des technologies du futur, qui conserve à l’humain une place de premier choix.

    À ce propos, les résultats d’une étude sur les liens sociaux des Français m’ont  sidéré. 45% des interrogés disent n’appartenir à aucune communauté, ni nationale, ni de langue, ni religieuse, ni d’origine géographique, ni de valeurs. La société connectée explose le lien social. Pourtant, une autre étude, étalée sur plusieurs générations, suivant ce qui rend heureux les Américains, révèle que « La seule chose qui, significativement compte vraiment, est la qualité des liens que nous entretenons avec les autres. C'est la force du lien qui nous permet de vivre vieux, heureux et en bonne santé. On devrait le crier sur tous les toits du monde !!! (Grandir, Vivre, Devenir, p.169),

     Organisons  vite une vision collective des 2 Alfred et un sondage dans la foulée. Juste pour, au choix, soit,  

     - établir la jauge de l’autodérision,

     - applaudir des deux mains

     - pourfendre les anti-TIC.

     On se schaidule et on se fait une galette des rois ou un tennis de table.

     

                                              Les 2 Alfred: Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain

     

    P.S. TIC = Technologies de l’Information et de la Communication.  

     

     

     

     

     

     


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