• Mausolées de glaces

     

                                                       Atelier Cinémouvance le 24 octobre 

     

    Un corps recroquevillé sous la neige et la glace, endormi pour l’éternité sur les flancs de l’Everest, c’est l’image d’un film qui retrace le destin catastrophique de deux expéditions en 1996. Cette année-là, la montagne a repris huit personnes, châtiant les impudents venus la défier au mépris des signes annonceurs de tempête.

     

                                                              La face Nord de l'Everest vue en direction du camp de base tibétain.


    L’Everest en 1953 était une affaire d’hommes, de pionniers prenant le temps d’explorer les voies vers le toit du monde. Depuis 1992, c’est devenu une affaire de fric, à 50.000 euros la course. Le mano a mano avec les cimes s’est mué en ascension balisée à grand renfort de bouteilles d’oxygène, d’échelles métalliques et de cordes fixes. Des sherpas ouvrent la route aux touristes de masse, parfois une centaine sur la journée à tenter l’exploit formaté. Malgré ce déploiement logistique, des hommes et des femmes périssent régulièrement dans leur folle équipée, témoins ces seize guides népalais emportés dans une avalanche l’an dernier.


    J’ai regardé Everest (sur les écrans depuis le 23.09 Everest : Affiche comme un documentaire, adaptation de l'ouvrage

    autobiographique "Tragédie àl'Everest" écrit par l'écrivain, journaliste et alpiniste Jon Krakauer qui était de l’expédition désastreuse de 1996. J’ai surtout admiré les pics impériaux, impénétrables et impitoyables ainsi que le courage du chef guide.


    J’ai repensé à Jeremiah Johnson, Jeremiah Johnson en exil volontaire de la civilisation, qui se fond dans la montagne pour devenir trappeur. Dans ce film aussi, un homme meurt de froid et est abordé le thème de la vanité humaine à vouloir domestiquer la nature.

     

                                                                          Neige (illustré) (édition épuisée, existe en poche)


    Mon esprit rebondit d’image en image, celle d’«une femme jeune, nue et blonde. Elle était morte. Elle dormait sous un mètre de glace. Elle ne dormait pas vraiment. Elle était morte mais son cercueil était aussi transparent que du cristal.»

     

    Yuko le poète découvre cette merveille dans le livre Neige, premier roman de Maxence Fermine. J’ai eu le coup de cœur lorsque j’étais libraire. Au point de le faire acheter par centaines et d’inviter l’écrivain à Namur. Ce jour-là, la librairie était pleine à craquer.

    http://imados.fr/content/1/7/8/471786/nege.jpgest inscrit au programme de lecture de plusieurs écoles.


    L’association d’idées et d’images persiste. Je pense à 45 Years (sur les écrans belges le 25.11 et français le 27 janvier prochain).

    45 Years  Le corps intact du premier amour de Geoff, disparue cinquante auparavant est retrouvé dans les glaces alpestres. La nouvelle tombe à la veille de la fête des noces de vermeil du couple. Kate veut savoir quelle dimension occupe encore la défunte dans le cœur de son mari. Geoff est tenté de se rendre sur place, il avoue qu’il l’aurait épousée.

    Kate clôt la discussion mais fouille dans la correspondance échangée à l’époque entre la défunte et son homme. La campagne du Norfolk, plate, désolée, juste vide, incite au désespoir et à l’impuissance face au fantasme de son mari à jamais inassouvi.                     

      Comment rivaliser avec une chimère ?  45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

     

    Kate sort ses griffes, bouscule Geoff et danse avec lui à leur fête de couple. La plus belle scène d’un film délibérément lent, en tonalités sombres, le visage de Charlotte Rampling exprimant ses états d’âme successifs dans un slow interminable.


    Ces rebondissements au départ d’Everest montrent la prégnance d’images, de souvenirs, d’événements toujours prêts à revivre si on laisse l’esprit et l’imagination voguer après une séance de cinéma, aussi anodine paraît-elle. Et si la métaphore du cercueil de glace s’est imposée, je continue sur la lancée et me dit qu’à conquérir les sommets, je préfère réitérer l’aventure jamais banale de rompre la glace de relations figées dans la routine et les croyances sur l’autre.

                                                       http://bd-girls.mon-oueb.com/belles/jeanne_mademoiselle/papiers-peints/papier-peint-mademoiselle-jeanne.jpg


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