• Marie l'intrépide

                                        

                                                     

     

    Homs en Syrie, février 2012. Marie Colvin est la seule correspondante de guerre encore sur place. Bachar-el-Assad pilonne la troisième ville du pays, foyer présumé de la résistance à son régime sanguinaire. Des enfants meurent sous un déluge de bombes. Marie est restée pour dénoncer le massacre. CNN lui tend l’antenne. La journaliste raconte face webcam l’élimination systématique d’une population victime de la guerre civile. « C’est le pire conflit que j’ai vu. » (plus de 500.000 morts). Un monceau de gravats, de corps déchiquetés l’entourent. Son ami Paul, reporter photographe la regarde, sidéré et admiratif.

    Les bombardements reprennent. Leur planque a été repérée. Il faut fuir. Paul tire Marie. Elle veut continuer à couvrir l’innommable, c’est le sens de sa vie : traquer la vérité pour garder une trace écrite de cette souffrance.

     

    Marie Colvin est une femme reporter de guerre au plus proche du quotidien des civils                Marie prête sa voix aux opprimés.

                                                                                                        De 1986 à 2012, elle sillonne les théâtres de conflits meurtriers : Iraq, Lybie, Afghanistan et Syrie. La stratégie géopolitique ne l’intéresse pas. Elle préfère raconter l’histoire des civils qui soufrent, se mettre à hauteur d’homme et témoigner au prix de sa vie chaque fois mise en jeu. Elle a peur mais elle a besoin de dire la vérité. Elle exhume un charnier à Falloujah en Irak, elle rudoie Kadhafi, qui sourit et la complimente pour son cran.

    Marie a vécu plus de guerres que la plupart des soldats ; elle mène une guerre privée - Private War -. Elle boit afin d'assécher les voix dans sa tête et de chasser l’image récurrente d’une adolescente violée. Elle carbure à la vodka mais jamais au boulot. Elle fume comme une cheminée, pratique les coups d’un soir. Son abnégation confine à la folie, devient addiction. Lors d’une scène touchante de « bla-bla psy » comme elle dit à son nouvel ami Paul, elle livre les rétroactes  de son engagement viscéral. Elle compense des parents décevants, deux fausses couches, une incapacité à s’attacher. Ce qu’elle n’a pas reçu, elle le rend aux damnés de la terre, aux sans-voix, aux invisibles. Personne ne l’arrête. Elle remet son gilet pare-balles après la perte d’un œil au Sri-Lanka suivi d’un séjour en maison de soins psychiatriques. La femme au bandeau est un stress post traumatique ambulant.

     

    Private War

    Rosamund Pike incarne le rôle de sa vie. La personne de la journaliste frondeuse lui colle à la peau. On la regarde, incrédule, serpenter sur les champs de bataille, sous l’œilleton de l’ancien documentariste, Matthew Heineman. On entend les balles siffler au-dessus de nos têtes, on tremble sous les déflagrations des bombes incendiaires. C’est du cinéma réel, serré, nerveux, hélas sorti à la sauvette dans quelques pays européens en 2019. Ma séance de rattrapage (DVD Metropolitan Filmexport EDV 518) a révélé une personnalité exceptionnelle, mise en scène sobrement. Cette sobriété accentue l’émotion ressentie face à des drames humains dont nous n’avons qu’un écho ténu et désincarné. Merci au cinéma d’avoir rendu hommage à une figure du journalisme de terrain. Je continuerai à fouiller les rayons des revendeurs de DVD.  

    Annie Lennox signe la chanson finale du film. Poignant ! juste après la séquence de  la mort de Marie Colvin et du journaliste français Rémi Ochlik, tués dans la même explosion le 22 février 2012, à Homs. 

     

                               

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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