• Marie et Marguerite

    Marie avale avidement le soleil. Marguerite parle aux tomates.

                                                                     Marie Heurtin

     

    Marie a 14 ans, elle est sourde et aveugle. Marguerite a une maladie aux poumons, elle est joyeuse et lucide sur sa mort prochaine.

    Sœur Marguerite Marie Heurtin : Photo Isabelle Carré est faible mais elle grimpe à l’arbre où Marie Affiche Ariana Rivoire s’est réfugiée.

    Elle touche la main de Marie et se laisse palper le visage.                      

                                                                                                        Deux âmes se rejoignent.

    Le toucher sera le mode de communication privilégié pour arracher Marie Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle Carré à sa nuit insonore et obscure.

    Marguerite voue intégralement ses faibles forces à l’espoir insensé de gagner la confiance d’une fille sauvage, jamais lavée, jamais coiffée depuis son enfance. Nous sommes à la fin du 19ème siècle. Le père de Marie la confie à l'Institut de Larnay, seul établissement à  accueillir des personnes souffrant d’un handicap sensoriel.

    Marguerite pénètre dans le monde de Marie où « tout ce qui est vivant palpite sous ses doigts.» Marie n’est apaisée que collée à un arbre, les mains dans un ruisseau ou le visage au vent. La nature, compagne, donne sans rien exiger en retour. La fusion est charnelle, limpide, totale.

    A force de patience et d’obstination, Sœur Marguerite persuade Marie de quitter sa prison. Les premiers mois sont un véritable calvaire.

                                               « Comment lui parler, comment l’écouter" ?

     

                                                                Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle Carré

    Le déclic a lieu lorsque Marie établit une correspondance entre un objet et le signe qui le représente. Elle duplique le geste du couteau, mimé par son mentor, l’index perpendiculaire frottant la tranche de la main. Ce premier pas lance une explosion de mots. Marie ne cessera d’apprendre jusqu’à son dernier souffle. Elle adresse un formidable pied de nez à la surdicécité jusqu’alors enfermée dans les asiles d’« aliénés.»  

    Sœur Marguerite peut maintenant gagner les cieux avec la conscience de son devoir accompli. « La fille de la sagesse » a modestement inventé un langage novateur pour les sourdes-muettes-aveugles de Larnay. Marguerite a rapproché deux mondes a priori inconciliables, mue simplement par l’amour de l’Autre.Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle Carré

     

    Jean-Pierre Améris évite le pathos. Il suit sobrement, au plus près des visages et des corps, la chronologie d’un apprentissage longtemps âpre et douloureux. L’hostilité de Marie devient une amitié indissoluble au terme d’un parcours touchant et passionnant.

    Isabelle Carré (Soeur Marguerite) et Ariana Rivoire (Marie Heurtin) sont criantes de vérité.

     

                                                        Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle Carré         Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle CarréMarie Heurtin : Photo Ariana Rivoire, Isabelle Carré

      

    Elles ont payé de leur personne. Isabelle a appris le langage des signes pour évoluer avec sa partenaire réellement sourde.

    La réalisation a écarté la facilité d’une reconstitution historique. Ce qui m'intéresse dans les films situés dans le passé, c'est leur résonance au présent. L'Histoire n'est pas mon sujet. Je voulais faire un film intemporel."   

     

      Compartiment C, voiture 293,  d'Edward Hopper   (1938). ©...

                                                       La difficulté de communiquer significativement est contemporaine. Il suffit de voir les gens moroses et appareillés dans un train. Dopé par Marie et Marguerite, j’ai tenté d’entrer en contact avec mes voisins de banquette. J’ai ignoré (difficilement) les visages fermés et j’ai multiplié les entrées en matière. L’ouverture eut lieu sur le manque de ponctualité des chemins de fer. Que ce fut ardu!

    Journaliste, j’ai toujours cherché à débusquer l’être réel derrière l’être apparent chez mes interlocuteurs. J’étais heureux quand j’arrivais à percer la carapace des convenances mais je n’ai jamais été confronté au défi de Marie et Marguerite.

    Leur histoire formidable atténue mes petits et moyens maux quotidiens. Imaginons un instant de vivre sans le son et l’image.

    Comme Marguerite, bandons-nous les yeux et bouchons-nous les oreilles. Insupportable…

    A moins qu’une main tendue nous invite à sortir de l’incommunication et du handicap de l’indifférence sociale.

    Marie Heurtin  Marie Heurtin : Photo Ariana Rivoire sort en Belgique et en France le 12 novembre

                                                      en attendant La famille Bélier La Famille Bélier le 17 décembre.

    C’est l’histoire de Paula, interprète de ses parents et de son frère sourds.

    Une pure fiction.

     

     


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