• Malaise au carré

     

     The Square : Affiche

    Un enfant crie « Au secours » dans la cage d’escalier. Christian sort de son appartement. Il cherche à localiser la voix. Il demeure perché à la balustrade de son palier. L’enfant se dérobe au regard. La supplication étouffée ne le met pas en mouvement.

    Plus tôt dans la journée, Christian, comme d’autres passants, avait ignoré l’appel d’une personne demandant un peu de temps pour sauver une vie. « Pas maintenant, s.v.p. ! »  

    Quand un mendiant le sollicite, il répond qu’il n’a pas de liquide sur lui.  Mais il consent à offrir un sandwich au poulet. La pauvre attablée râle parce qu’on n’a pas enlevé les oignons comme demandé.

    Le carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance.

    En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs.

                                             The Square : Photo

    Cette figure géométrique symbolise la nouvelle exposition organisée par Christian, conservateur du Musée d’art contemporain de Suède. Il y a effectivement décalage entre le comportement de ce bourgeois roulant en Tesla et le message de tolérance inscrit dans The Square(22 novembre)

    Jusqu’où pousser l’indifférence au sort d’autrui ? Une séquence en forme de Happening artistique voit un homme singe semer l’effroi dans un parterre d’invités en smoking et longues robes. Il faut attendre l’impensable pour que le public médusé sorte de l’apathie et vole au secours d’une convive en très mauvaise posture. Surtout ignorer ce qui dérange, effraye ou ralentit : les mendiants, un enfant qui pleure, une journaliste insistante.

                                  The Square : Photo Elijandro Edouard Il est de plus en plus compliqué de capter l’attention, notamment afin d'attirer les regards vers le carré (The Square) humaniste. Christian recourt à un duo de publicitaires allumés, obnubilés par la création du buzz sur Internet. Ils imaginent une vidéo aberrante qui échappe au contrôle de Christian.

    Une responsable commerciale de YouTube lui téléphone en pleine séance de shopping avec ses filles dans un centre commercial.

    Félicitations, votre vidéo a dépassé les 300.000 clics en une heure. Seriez-vous intéressé par un partage des recettes publicitaires ?

    - Je ne suis pas au courant. Pouvez-vous me dire ce qu’il y a dans la vidéo ?

    - Je ne sais pas, je ne m’occupe pas du contenu.

    Ses filles ont disparu. Christian confie ses sacs de courses à un mendiant. Il court sur leurs traces. Ruben Östlund aurait dû  jouer davantage la carte du burlesque et de l’humour pour dénoncer l’insensibilité générale. Il aurait pu aussi écourter plusieurs plans-séquences. Néanmoins, il réussit à susciter le malaise chez le spectateur, confronté à l’égoïsme récurrent de protagonistes prisonniers de leur caste ou de leur classe sociale. Östlund provoque. Il inocule goutte à goutte la dérive d’une société écœurante de paraître et de superficialité, colonisée par les écrans multiples.           

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    Christian est mis sur la sellette, non pour l’horreur du clip, mais pour avoir négligé de visionner la production avant sa diffusion. Le conservateur présente ses excuses au cours d’une conférence de presse virulente. Il reconnaît une erreur de procédure, c'est tout.  Il est un peu plus humble vis-à-vis de l’enfant qui appelait à l’aide. Il lui envoie une vidéo d'excuses sur son portable.Toujours ce souci de maintenir les distances…

    Lâcher l'indifférence implique de se dégager de l'hyper individualisation de la société où l' on déploie une énergie considérable  pour éviter d'être affecté par la détresse et le désarroi ambiants. Au lieu de m'adapter à la société, je pourrais essayer de peser sur elle, propose Miguel Benasayag et Angélique Del Rey, in "De l'engagement dans une époque obscure", Ed. Le passager clandestin. L’espoir persiste à condition de continuer à parier sur un possible revirement du conditionnement humain, changement assis sur les droits et devoirs fondamentaux de solidarité et de présence à ses semblables. J’hésitais à fouler The Square. Je suis content d’avoir vu un film brillant et remuant sur la longueur.

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    Thelma (29 novembre) fouille les méandres du refoulement, de l’étouffoir parental, de l’oppression, du silence, du désir d’être soi. La jeune étudiante expérimente la liberté à l’université, loin de ses parents. Croyante jusqu’au bout des ongles,Thelma culpabilise pour un rien. Elle détient un pouvoir occulte foudroyant, acquis à la suite d’un traumatisme majeur vécu à six ans. Joachim Trier signe un film hypnotique, à lire avec des lunettes freudiennes. « Un corps étranger interne » anime Thelma, source d’une quantité d’énergie bien plus forte que celle qui circule entre les représentations et ne se lie à aucune d’elles. Si ce corps étranger reste encrypté à l’intérieur de l’appareil psychique, il risque de provoquer des perturbations sans que le sujet fasse obligatoirement le lien avec la scène traumatique (Les mots du trauma, Ed. Philippe Duval). Des convulsions saisissent Thelma à son corps défendant. La jeune fille remonte à la source du mystère familial. Elle assied ainsi son identité au cours d’un cheminement envoûtant vers la fluidité existentielle. J’ai vu trois films du réalisateur norvégien, trois films qui effeuillent la psyché humaine avec un art inné de la progressivité narrative. Trois réussites surprenantes à chaque fois. Anxieux s’abstenir !

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