• Magie nantaise

     

     

                                                              

    Je me souviendrai longtemps de l'accueil chaleureux réservé aux ateliers Cinémouvance  présentés  hier au Panorama des Pratiques Narratives francophones. Nous avons expérimenté un condensé de l’atelier sur les secrets de famille au départ de trois extraits du film Boomerang, soit une dizaine de minutes.  Les séquences montrent l’effet ricochet du dévoilement d’un moment crucial de son histoire personnelle.  Une révélation en entraîne une autre ; les confidences en cascade de fissure la loi du silence érigée en valeur familiale.

    Le public (une trentaine de personnes) plonge immédiatement dans l’histoire d’Antoine. Les réactions fusent les lumières rallumées. L’atelier démarre au quart de tour. Une fois encore, la magie du cinéma opère même sur une courte durée de projection, on  a envie de connaître la suite. Antoine va-t-il affronter un père autoritaire et le questionner sur les circonstances troublantes de la mort de sa  femme trente ans plus tôt. Alors chacun imagine une suite, dit pourquoi il est touché, décrit la résonance du film avec  sa propre histoire. Les réactions partagées alimentent des échanges nourris. Une participante  très émue renoue avec l’émotion d’un épisode de sa vie vécu quarante ans plus tôt.

    Le cinéma m’émeut et me meut. Il dégèle mes émotions, les renouvelle, les régénère. L’écran extérieur dissout mes écrans intérieurs. Les images projetées devant moi animent des images intérieures. Je suis subitement ébloui dans une fulgurance qui n’appartient qu’à l’instant présent, lié à la vision fugace d’une parcelle de moi-même soudain exhumée, réveillée, représentée grandeur nature sur l’écran de mes projections intimes. Le cinéma insinue, évoque, trouble. La salle obscure dévoile un espace intérieur dans un mouvement incessant, de soi à l’écran, de l’écran à soi. De l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur, dans une fluctuation permanente de contacts. Le cinéma est un fabuleux disjoncteur, commutateur, contacteur d’émotions, d’états d’âme et de sentiments. Il permet de lire et de relire sa vie à travers les films compagnons de moments pénibles et heureux.

    L’atelier se termine. L’heure trente a paru durer cinq minutes. Les participants repartent enthousiastes, pensifs, heureusement surpris de l’efficacité d’un dispositif simple consistant à regarder, dire et rebond-dire aux réactions et impressions suscitées par la vision à la fois commune et singulière d’un film. Un même film, des regards différents, des versions multiples de l’histoire perçue. Cette multiplicité de points de vue trace le lit d’un nouveau cours de son histoire personnelle. Comme j’ai déconstruit un film et recomposé un nouveau,  je déconstruis le récit habituel de moi-même et jette ainsi les bases d’une version originale de mon identité, soutenue par la dynamique du groupe, club de vie élargi le temps de l’atelier. CQFD.

    Reste maintenant à concrétiser les invitations à exporter Cinémouvance à Lyon et ailleurs en France. C’est une autre histoire. Pour l’instant, je savoure les ondes portantes d’un magnifique rencontre qui me pousse à propager un outil formidable pour ré-impulser du mouvement dans un récit figé de soi. Que du bonheur !

     P.S. Je retourne au cinéma dans les salles la semaine prochaine avec une envie de 


  • Commentaires

    1
    Dimanche 5 Juin 2016 à 10:04
    argoul
    Le récit de soi peut-il rester figé ? Il n'y a pas que le cinéma mais surtout les rencontres, les lectures, les événements qui font une "histoire". C'est le principe même de l'humain de ne pas être fourmi.
    Ce qui t'enthousiasme, je crois, est le partage avec d'autres - à l'occasion d'un débat après-film - puis d'une note de blog. Ne pas se sentir seul avec ses questions, son histoire, participer au "mouvement". Avoir sa place dans un ensemble est bon pour l'estime de soi.
      • Dimanche 5 Juin 2016 à 10:17

        Nous pouvons rester enfermés dans une histoire dominante et négliger nos histoires préférées, figés dans une façon de nous dire, de nous présenter. Les thérapies narratives du mouvement dans nos récits. Bien évidemment, la rencontre me passionne autant que la puissance évocatrice du cinéma m'émerveille et me meut.

    2
    Pierre aka Nuage
    Mardi 7 Juin 2016 à 19:39

    Hello Patrice !

    J'ai participé à ton atelier aux journées narratives et je n'ai pas eu l'occasion de te remercier de vive voix... J'ai acheté ton livre il y a un an en même temps que celui de Rodolphe Soulignac pour ... bénéficier du port gratuit :-) et parce que le titre me plaisait. Et pourtant je ne l'ai pas encore lu. Donc la première chose qu'à produit ton atelier est de me motiver à le faire... et j'ai trouvé ton choix de thème et d'extraits de film particulièrement fort. Et comme tu l'écris magnifiquement ci-dessus, tu m'encourages à rebond-dire sur la magie du cinéma. A tout bientôt !

      • Mercredi 8 Juin 2016 à 05:07

        Je te souhaite bonne lecture et espère mettre un visage sur ton nom lors d'une prochaine rencontre. Il y avait peu d'hommes à l'atelier, je crois avoir leur photo en tête liée à leur place dans la salle. Si tu pouvais te situer...smile

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