• Ma maison

     

                                                        Deux visages de l’exil ont frappé au cœur.

     

                                 Wallay : Affiche                              

    Celui d’Ady d’abord. Il vit depuis treize ans en France dans la banlieue de Vaux-en-Velin. Ady fait du « biz » de chaussures volées. Il prélève son fonds de caisse sur les mandats que son père envoie à son frère, rivé au Burkina-Faso. Le père élève seul Ady, son fils n’en fait qu’à sa tête. Pour lui remettre les idées en place, le paternel envoie le rebelle à un « stage d’été » chez son oncle Amadou. Ady prend ça comme des vacances ; il déchante vite devant l’accueil glacial d’Amadou. Il ne rentrera pas tant qu’il n’aura pas remboursé les 500 euros volés sur les mandats portés à la poste. Ady devrait travailler deux cent cinquante jours sur le fleuve pour gagner son billet de retour.

    Ady rechigne, panique, puis se plie au rythme de journées torrides, de pêches maigrichonnes, d’eau puisée dans le puits et d’électricité le soir seulement (avec coupures). Ce dénuement paraît supportable à tous, aux antipodes de l’opulence de la métropole, même dans les cités.

    Wallay : Photo    Wallay : Photo Makan Nathan Diarra  Wallay : Photo

    «Le petit mari», comme l’appelle sa grand-mère, découvre les us et coutumes locaux, fondés  sur la solidarité et le respect des anciens. Ady déterre ses racines, les nourrit à sa façon. Il offre un matelas à sa grand-mère et des CD, reconvertis en épouvantail à pigeons. Il se rapproche de son cousin aîné et lorgne sur Yéli, son amoureuse. Ady retourne en France lesté d’un nouveau bagage, légué par sa famille africaine. Les tempos et les modes de vie sont terriblement différents mais les liens créés épousent n’importe quelle cadence. En voyant les burkinabés souriants, on se dit qu’on vit ici dans un monde de fous. Cette lenteur nonchalante et ce dépouillement incitent à ralentir et à se réjouir d’un rien. Wallay ! (J’te jure !) (31 janvier, juin dernier en France)

    Rien, ils n’ont plus rien, sinon l’espoir d’un « positif », quémandé à Allah et à la Vierge Marie, statuette posée au creux d’un arbre en pleine campagne. Quand une prière est exaucée, les remerciements vont à Jésus … et Allah, « tous les deux ».

     

     

     

     

     

                                  

                                                                                 Deuxième portrait d’exilés, cette fois une mosaïque d’enfants, rescapés des guerres en Irak, Afghanistan, Syrie ou  Érythrée. Ils sont hébergés au centre d'accueil  « Le relais du monde » de la Croix Rouge, à Natoye, Belgique.

    " Quand je suis arrivé, j’ai trouvé le centre très laid. Et puis, j’ai vu les copines, et ça allait mieux," raconte Fatima, douze ans, après la projection du film Je n'aime plus la mer en présence du réalisateur, Idriss Gabel, au cinéma Caméo de Namur.

    Les enfants évoquent à mots posés des événements horribles. Ils décomptent les morts en écartant une à une les brindilles ramassées aux abords de la forêt. Ces bois si terrifiants aux yeux de plusieurs enfants croyant entendre des cris de douleur errant parmi les ramures secouées par les vents.                                                          

     

     

     

    Deux fillettes parlent de leur avenir.

    -J’aimerais devenir conductrice de trains.

                                                                                     

    - J’aimerais devenir conductrice de trains.                            

    -Tu me feras monter gratuitement alors ?

    - Oui, oui. Et toi qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

    - Jouer dans des films.

    La plupart ont adopté leur deuxième langue apprise à l’école communale de Natoye. Le dernier jour de classe, l’institutrice félicite les apprenants. « Vous avez fait des progrès énormes. » Les parents applaudissent et embrassent longuement la maîtresse motivée. Leur progéniture représente un futur possible, un soutien lumineux durant l’attente interminable d’un asile définitif.

    Les souvenirs émergent face à une caméra devenue familière. Il a perdu un ami fauché sous ses yeux par un tir de sniper. Elle garde une large cicatrice des sangles enroulées autour du bras. Peu savent pourquoi les parents les ont fait embarquer la nuit à bord d’un rafiot.

    http://grignoux.be/system/attachments/pictures/000/017/001/web/%C2%A9-Les-Films-de-la-Passerelle-006.jpg?1517584573

    Le centre est devenu « Ma maison » pour beaucoup, malgré la promiscuité, l’inconfort et la rupture avec la terre natale. La tristesse, soigneusement contenue, rejaillit lors d’un coup de fil avec la grand-mère et les cousins cloués là-bas. Elle se lit aussi, teintée de gravité, pendant les trajets en bus, lorsque le visage s’appuie contre la fenêtre, indifférent au paysage tellement singulier de prairies vertes et de champs cultivés.

    Ils n’aiment plus la mer, synonyme de cauchemar (s), symbole de traversées hasardeuses et traumatisantes. Néanmoins, les enfants en vacances apprécient la mer du Nord.

    « Elle n’a pas la même couleur que chez nous, mais elle est plus belle que la nôtre. »

    Pourtant, il bruine, il vente et les flots sont gris. Qu’importe, les enfants de l’exil portent la joie ; ils vivent le moment présent, paix fragile, arrachée au tumulte du monde.

       

    Je n'aime plus la mer sera repris fin mars à l'affiche du Caméo Namur. Les enseignants désireux de montrer le film à leurs élèves peuvent prendre contact avec Fabienne Crevits au 0472 799 211


     

     

     


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