• Lumières naturelles

     

     

    L'Ecole buissonnière : Affiche

    « Il faut laisser la nature tranquille. »

    C’est le cri du cœur d’un de nos quatre petits-enfants à la sortie de L'école buissonnière (25 octobre). Le gamin de six ans a parfaitement saisi le message déployé au sein d’une Sologne sauvage, terre de landes, de champs et d’étangs nimbés de brume matinale.

    « C’est une belle histoire, dit son frère aîné de neuf ans.  J’ai eu vraiment peur quand le directeur de l’orphelinat a donné une gifle à Paul.»

    Cette gifle décide Célestine à héberger le petit orphelin le temps des vacances d’été.

    « C’est une belle histoire mais c’est triste aussi, il y a beaucoup de morts », dit la puinée de huit ans.

    La dernière a dormi une bonne partie du film. Les deux heures de projection ont submergé son attention, toujours vive quand elle avait les yeux grands ouverts. Les grands-parents étaient en serre-file, à côté des plus jeunes, prêts à répondre mezzo voce aux questions. Le petit-fils de six ans a fort sollicité sa grand-mère, heureuse de soutenir l’intérêt du jeune spectateur pour le récit d’apprentissage de Paul découvrant la liberté et la nature à douze ans, à mille lieues des murs tristes de l’orphelinat. Le cerf géant aux dix-sept cors a marqué tous les esprits.

    L'Ecole buissonnière : Photo Jean Scandel Le réalisateur Nicolas Vanier a grandi en Sologne.      

    Le tournage a été un retour aux sources. "Il était naturel que je revienne chez moi pour ce film, sur ce territoire que j’aime et où j’ai développé, dans les pas de mon grand-père, mon goût pour la nature et ma connaissance de la forêt et des animaux. »

    Paul découvre la vie secrète de la forêt, le premier baiser, les rivalités humaines, la joie de vivre en aventurier libre. L’école buissonnière, classé en genre « néo-vieillot » par une critique de cinéma, convient parfaitement à la transmission de valeurs telles le courage, la loyauté, l’altruisme ou l’amitié. Certains renient systématiquement ce cinéma « sans aspérités » ; la majorité du public apprécie le charme d’une histoire simple, ancrée dans un terroir splendide et nourrie du terreau des bons sentiments. Si vous avez des petits-enfants qui ont six ans et plus, n’hésitez pas à monter une belle escapade intergénérationnelle.

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    J'ignore si le public est venu en famille à la première séance publique payante du cinématographe des frères Lumière, le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café à Paris. Le programme du jour comportait dix films de cinquante secondes, dont le premier de l’histoire du septième Art, La sortie de l'usine Lumière à Lyon. Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière nous apprend que qu’Auguste et Louis Lumière en ont tourné trois versions. Les frères plantaient leur caméra fixe à l’endroit idéal pour la profondeur de champ. Ils tournaient en une seule prise des scènes du quotidien aux quatre coins du monde, à commencer par Lyon, Marseille, Paris, puis dans trente et un pays étrangers. Au total, 1422 films de moins d’une minute, -format  carré 1:33, aux bords arrondis - ont été mis en boîte entre 1895 et 1905.L'Institut lyonnais en a restauré 108, montés et commentés par son directeur, enfin visibles en Belgique (25 octobre).

    Lumière ! L'aventure commence pose les bases de la plus formidable invention de l’industrie culturelle.

    « Cinquante secondes d’une éternité qui dure encore. »

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                            Louis Lumière                                               Auguste Lumière

    Les courts- métrages des origines posent la grammaire du cinéma en matière de cadrage, photo, mouvement, rythme, suspense, humour, surprise, poésie… Le duo Lumière nous montre le monde tel qu’il est à la charnière des 19ème  et 20ème siècles. Ils inventent le travelling (panoramique à l’époque) en embarquant leur caméra à bord d’un train ou de l’ascenseur de la tour Eiffel. Les films défilent et la mémoire enregistre. Je me souviens d’un lancement de bateau soudain auréolé d’une fumée impromptue. Je revois aussi des chasseurs alpins à la queue-leu-leu sur un glacier, traçer une ligne sinueuse sur la neige immaculée. Je me rappelle encore le ballet hilarant d’une partie de football où le ballon joue avec le hors champ de la caméra fixe. Les joueurs zigzaguent en pure perte de balle. Étonnante également, la ronde de poissons dans un bocal aux reflets d’art abstrait.

     

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    Les frères cinéastes laissent de véritables documents historiques. En 1900, le cinéma capte le réel (parfois un peu orchestré). C’est la grande différence avec le cinéma contemporain qui reconstitue le réel ou fabrique une nouvelle réalité. J’ai saisi la nuance entre cinéma composé  et réel vécu en voyant Loïe Fuller danser sous ses voiles virevoltants à la fin de l’album Lumière. J’ai pensé immédiatement à La danseuse, biographie de la chorégraphe d’avant-garde. Les images d’époque m’ont touché alors que j’ai admiré la mise en scène du film de 2016. Qu'il est malaisé de rendre la nuance vibratoire entre réel et représentation du réel, réalité singulière  forgée par chaque spectateur.

    Merci aux géniaux inventeurs du cinématographe. Merci aux conservateurs obstinés de la mémoire iconographique que sont Thierry Frémaux, Bertrand Tavernier et l’Institut Lumière, bien relayé par les cinémathèques nationales et la fondation Scorcese notamment. Que l’irremplaçable attrait de la salle obscure demeure !

     

     


  • Commentaires

    1
    gerlam
    Vendredi 10 Novembre à 20:20

    merci pour la grammaire

    et tous les délices et trucages ébauchés

    formidable

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