• Loyauté ou révolte

     

     

    Le prochain atelier Cinémouvance sur les secrets de famille mijote dans mon esprit. Je relis des textes sur le sujet. Je tombe

    fortuitement sur un livre poussiéreux dans ma bibliothèque. Je le feuillette et une phrase me saute aux yeux :
    Dès que l’on agit physiquement en conscience, notre inconscient répond et amène sur un chemin personnel.


    Plusieurs personnes intéressées par l’atelier ont déjà emprunté le chemin de l’enquête familiale pour lever un secret de famille. Elles me disent avoir accompli leur part. Elles en savent assez et parviennent à vivre tranquille malgré les zones d’ombre subsistant dans l’histoire du clan.


    Dans Boomerang au programme du 27 février, Antoine cherche à connaître la cause réelle de la mort de sa mère trente ans plus tôt. Le secret présumé du père et de la grand-mère agite le fils au-delà du supportable. Antoine a besoin de sonder ce mystère

    qui lui pourrit la vie. Boomerang : Photo Laurent Lafitte, Wladimir Yordanoff La famille se ligue contre lui.

     


                                                    Le silence relie ou isole. Le silence préserve le mythe familial ou l’entache.


    Celui ou celle qui révèle le secret peut tout aussi bien exacerber le malaise que provoquer le soulagement (L’histoire en héritage, Petite bibliothèque Payot). Vincent de Gaulejac épingle une caractéristique du secret de famille,

    celle « d’être là, de façon insistante, comme un principe actif, tout en étant caché, invisible, inaccessible, comme un fantôme.»


    Le secret inavouable (inceste, viol, avortement) travaille dans l’inconscient.  Le fantôme est «une formation de l’inconscient qui a pour particularité de n’avoir jamais été consciente et de résulter du passage de l’inconscient du parent à l’inconscient de l’enfant." (L’écorce le noyau, cité par Vincent de Gaulejac).

    Il ne s’agit donc pas d’un refoulement dans l’inconscient, c’est une création de l’inconscient. Le secret constitue un marqueur familial, transmis inconsciemment de génération en génération. Nous portons à notre insu les lacunes ouvertes en nous par les secrets des autres.

    Une révolution douce contre l’omerta familiale consiste à dresser son arbre généalogique. Un ami a ainsi relevé une série d’enfants  naturels sur six générations. Il a voulu approfondir. Il a consulté des actes officiels, questionné des membres de la famille, proches ou éloignés, aimés ou détestés. Il a élargi le feuillage de l’arbre en établissant un génosociogramme ,  appellation chère à                                                                                                 Anne

                                                                    Anne Ancelin Schützenberger

                                                             Ancelin Schutzenberger.

    Il a mis en évidence des phénomènes de répétition tels accidents, maladies, non-dits …
    L’enquête familiale éclaircit l’inconscient transmis et aide à cerner un malaise latent. L’enquêteur se repositionne en acteur de son histoire, il ne la subit plus. Il remplit les trous de mémoire de la famille, ces blancs qui en disent long. Il oeuvre à la quiétude des générations suivantes.


    Le secret n’est pas toujours percé, faute de témoins vivants.
    L’enquêteur peut décider aussi de clore le dossier et d’échafauder une hypothèse sur le secret celé. Il invente une histoire, il s’approprie un pan du récit familial au lieu d’intérioriser un fantôme du passé. L’imaginaire se greffe sur les représentations familiales et nous retrouvons le récit de soi chez Ricoeur.

    Le philosophe énonce une conception identitaire de l’histoire. En introduisant une part de fiction dans notre histoire, nous donnons continuité et sens à notre identité amputée d’un récit patrimonial achevé. « J’imagine que cela a dû se passer comme ça à l’époque et que la vérité était trop douloureuse pour mes parents. Ils ont voulu préserver l’unité de la famille.»


                                                                                                                                    Selon Ricoeur, 

    le récit de fiction libère rétrospectivement certaines possibilités non effectuées du passé historique.» Une relation métaphorique et non plus de pure reproduction s’établit entre l’histoire familiale incomplète et la version complétée selon ce que j’ai « brodé ».


    Je rassemble ma vie dans une nouvelle identité narrative résolument tournée vers l’avenir. Je peux penser à d’autres conditions de vie. Je m’institue trait d’union entre les générations, je rapproche ce qui est lointain tant il est vrai que le passé raccroche à ce qui est présent.


    Le 27 février, je propose de partir sur les traces de l’histoire intérieure et d’en exhumer des histoires vivantes et stimulantes. L’idée est de redevenir sujet de nos histoires et d’entrevoir une paix intérieure au bénéfice de l’harmonie familiale.

     


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