• Livres à l'entretien

                                                      

    Atelier de ciné-thérapie du 6 juin prochain.

     

    Je me suis donc livré à l’exercice à la fois « stimulant et périlleux » d’un entretien sur mon livre en la librairie Chapitre-XII

    fondée il y a trente ans par Monique Toussaint, la mère de l’écrivain Jean-Philippe Toussaint.Chapitre XII

    « Stimulant et périlleux», j’emprunte ces qualificatifs à Francois Emmanuel, repris dans Secrets d'écrivains. J’ai acheté cette enquête édifiante sur les entretiens littéraires  au Chapitre XII avant d’y être mis sur la sellette. Intervieweurs et interviewés parlent amplement d’une pratique devenue un véritable genre et un mode de communication courant sur l’écriture, prolongement d’un travail accompli en solitaire.

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    Le recueil commence avec un moment très émouvant,  «L’entretien du dernier souffle » avec Henri Bauchau,

                                            l’ultime entrevue écrite que l’écrivain presque centenaire avait accordée au-delà de ses forces. C’est un document poignant parmi d’autres plus légers et toujours intéressants sur la façon dont les auteurs abordent l’exercice intime de l’interview littéraire. Bernard Pivot (p.87-97) et Jacques Chancel (p.191-199), accoucheurs célèbres dans Apostrophes, Le grand échiquier et Radioscopie évoquent les coulisses de rencontres mémorables avec les  grands noms de la littérature mondiale. Leurs entretiens sont désormais accessibles sur le site de l'INA.

    La plupart de la quinzaine d’écrivains interrogés dans Secrets d’écrivains ne préparent  pas la rencontre, ouverts ainsi  à l’inattendu et à la surprise. Voilà qui cerne le péril et identifie la stimulation. Quel agréable plaisir d’être interrogé par quelqu’un qui a soigneusement lu votre livre et qui l’a aimé. En tout cas en Belgique, les conducteurs d’entretien lisent avant la rencontre, c’est moins vrai en France, affirment plusieurs narrateurs d’expériences navrantes face à un beau parleur qui brode autour de son  ignorance.

    Mon interlocutrice du jour au Chapitre XII, Anne Goreux, avait minutieusement lu Le cinéma, une douce thérapie. Son exemplaire était farci de signets et truffé de fiches. Je me suis demandé où elle allait nous emmener et la vingtaine de personnes présentes.

    J’ai été pris immédiatement dans une émotion flottante en imageant le début du livre consacré à ma ciné-biographie. J’ai recontacté des moments marquants de mon existence, accompagnés de films qui m’ont aidé à traverser de fortes turbulences.  Mon interrogatrice suivait la chronologie et me laissait le temps de développer. C’était à la fois stimulant et périlleux, car je veillais à ne dévoiler de moi-même que ce qui servait la lecture. Ce n’était pas le lieu d’un débordement d’émotion personnelle.

    François Emmanuel (psychiatre, neveu d'Henri Bauchau), établit une différence entre l’entretien thérapeutique et la rencontre littéraire (p129).

    En thérapie,  la question est une invite à parler, elle est tout sauf investigatrice, c’est une voix qui veut susciter une autre voix, l’accompagne et s’en écarte parfois…  …interroge pour ouvrir si possible un nouvel espace de parole.

    Dans l’entretien d’écrivain, l’interlocuteur est plus interrogeant, plus frontal. Mais surtout, «la chambre de résonance est l’intime (c’est-à-dire l’humain universel) et non le privé (l’humain personnel). » En thérapie, conclut-il, tout peut être dit, ce n’est pas vrai dans l’entretien littéraire.

                                              Le Festin de Babette : Photo Stéphane Audran

    En évoquant longuement, m’a-t-il semblé, mon récit de vie filmique, j’avais perdu une auditrice et je l’ai retrouvée en vantant chaleureusement Le festin de Babette, film qui l’avait émue, tandis que mon histoire l’ennuyait au point qu’elle s’interrogeait sur la raison de sa présence. Une fois encore, le cinéma a touché et rassemblé par l’émotion et le souvenir récit d’une belle projection.

    Prochaine rencontre demain, dans mon ancienne librairie. Je m’y présenterai, imprégné de l’expérience du Chapitre XII, des premières interviews radios, soucieux d’amplifier l’écrit, de l’ouvrir et d’apprendre sur mon livre, porté par les questions et les réactions. J’essaierai d’être moi-même, sans trop calculer. C'est tellement gai.

      Emmanuel Carrère apprécie beaucoup la "livroscopie" (p.66-67)

    «Tu es dans cette situation où on te porte de l’attention, tu es totalement justifié de faire quelque chose qu’autrement tu t’interdis dans la vie courante, avec tes amis : parler de toi, de tes livres…

                       Ces moments exceptionnels compensent les affres préalables de l’écriture en cheminement.

     

     


  • Commentaires

    1
    Michel
    Mardi 26 Mai 2015 à 09:42

    Très belle distinction entre l'humain universel et l'humain personnel, entre l'intime et le privé, auquel nous convie aussi le cinéma, comme ces rencontres littéraires et le livre, Le cinéma, une douce thérapie. En plus, lors de ces rencontres, les apports vont entre auteur, intervieweur et lecteurs. Vivement ce soir à Namur...

    2
    Mardi 26 Mai 2015 à 09:48

    Cette fois, je te suis dans l'instant ou presque. Tu connais bien les entretiens pour les avoir vécus aux deux places, ami écrivain et journaliste. Quelle que soit la place occupée, nous sommes des passeurs. Passons encore ce soir et les suivants...

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