• Lignes de flottaison

                                             Chroniques du hasard                                                                                                                                (Illustration d'Andrea Ucini)

    J’ignore encore quelle sera ma première sortie cinéma de l’année. D’abord tâter mon humeur, sentir si elle a bougé en 2020, sur un coup de baguette magique. Le passage de l’an bouscule parfois les envies, les intérêts, subitement tourneboulés par la perspective d’une année vierge, à l’instar de la feuille blanche sur laquelle j’écris à la main les commencements de l’année 2.0/2.0.

    Oui, à la main, afin de raviver le lien entre main et cerveau, corps et esprit. La lenteur de l’écriture manuelle force à peser les mots. Le tracé de la lettre ordonne une gymnastique bénéfique à mes doigts, étonnés de tenir et glisser au lieu de planer et frapper.

    Jean-Luc Velay, docteur en neurosciences observe une interaction très forte entre écriture et lecture. Je suis le fil vagabond de ma pensée. Lecture. Je prends un livre Les chroniques du hasard, d’Elena Ferrante, recueil de courtes chroniques publiées dans le journal The Guardian en 2018. Je lis celle intitulée " Au cinéma".

    L’écrivain italien revoit Solaris au moins une fois par an. Le film de Tarkowski est tiré d’un roman qu’elle a lu après voir vu l’adaptation au cinéma. "Il ne m' a pas paru porter en lui le film qu’il a engendré... J’ai été frappée comment l’écriture pouvait stimuler la puissance visionnaire d’un grand talent quand celui-ci choisissait de s’en nourrir.»

     

                                                      Solaris : Photo Andreï Tarkovski, Donatas Banionis, Natalya Bondarchuk

    Elena Ferrante a vu ensuite une deuxième version du roman mais elle préfère celle de Tarkowski dont l'intensité supplante toute  adaptation ultérieure, même réussie. Du coup, je pense à Alain Corneau qui a repris Le deuxième souffle en 2007, quarante après Melville. Je n’ai pas arrêté de comparer,Corneau reproduisant le canevas de 1996. Quel est l’intérêt de refaire un film si un nouveau regard n’y est pas insufflé.

    C'est dire si Greta Gerwig, omniprésente dans les médias, prend un risque énorme en tournant une huitième fois Les filles du Docteur March . Pourquoi ? Il y a certes une volonté de placer cette énième mouture sous l’angle de l’émancipation féminine. Mais il y a surtout le souvenir de la première lecture du roman de Luisa May Alcott, un livre qu’elle a l’impression d’avoir toujours connu, parce que sa maman lui a lu avant même que sa petite Greta ne sache lire.

                                         

    S'il y a bien une certitude en 2020, c'est la pérennité des empreintes de l’enfance à travers les âges. 

    Et mon premier 2020 ? Probablement Gloria Mundi

     

     


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