• Libération

     

                                                     Antoinette dans les Cévennes : Photo Laure Calamy

     

    - Vous n’auriez pas oublié votre âne ?

    - Et vous ?

    - Le mien a pris la fuite. Nous le cherchons, il s’appelle Isidore.

    L’humeur est badine après avoir cheminé avec Antoinette dans les Cévennes. Le couple abordé paraît bien jeune sous le masque. Pourtant, ils ont déjà sillonné les Alpes avec leurs enfants à dos d’âne, alors âgés de trois et six ans, il y a près de vingt ans.

    - C’était un vrai plaisir de calquer notre pas sur celui de notre compagnon. Vous voyez le paysage autrement. Vous marchez lentement.

    - Nous avons déjà ralenti, nous sommes sortis du circuit professionnel.

    - Justement…

     

    Antoinette dans les Cévennes : Photo Laure Calamy

                                                                                  Justement non … Antoinette compte hâter le pas derrière son amant marié, parti sur les traces de Robert Louis Stevenson, avec femme et enfant. Seulement, elle doit composer avec Patrick, son guide à quatre pattes, capricieux à ses heures. Il s’agit d’accorder objectif et cadence. Antoinette comprend que Patrick aime écouter ses confidences, et donc, elle se confie, et ça marche. La femme et l'animal tissent un lien indéfinissable : complicité, amitié, amour, transfert d'énergie, selon les points de vue.

    Le paysage est somptueux, la marcheuse est rayonnante, même dans le malheur ; l’âne  est moins bête qu’il n’en a pas l’air. Le voyage est « plaise en ». Peu de rebondissements, beaucoup de rencontres chaleureuses, l’essentiel se passe à l’intérieur.

     

    La voix intérieure conforte l’autonomie de l’être face à l’actualité : c’est la possibilité d’un décrochage par rapport au mode purement immersif et participatif de la perception et de l’action, et donc d’une prise de distance, d’un retour réflexif (Quelqu’un à qui parler, Victor Rosenthal).

    Si elle réfléchit bien, qu’est-ce qui fait courir Antoinette derrière un homme marié ? Quelle folie l’embarque dans une équipée dont elle ne connaît aucun code ? Heureusement, elle a Patrick, qui sait braire et se taire à bon escient.

    Caroline Vignal n’avait plus tourné depuis 2000. En 2010, elle avait marché une semaine en famille dans les Cévennes, avec sa fille de six ans. Elle a remis le bât un an après, l’âne s’appelait Patrick. C’est la première fois qu’elle travaillait avec des comédiens professionnels. Laure Calamy était son grand premier choix. L’actrice enflamme tous les plans, elle porte le film avec une légèreté souriante et contagieuse.

                                              Antoinette dans les Cévennes : Photo Laure Calamy

    Bref un agréable moment pour nous, qui revenions de la montagne. Une façon de continuer l’été, de faire la nique à la morosité, de savourer des vues grandioses sur une nature sauvage.

    Et puis, Antoinette nous a redonné l’envie de héler les impressions de comparses réunis dans la vision. Qu’importe les masques, la parole demeure alerte et joyeuse.

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :