• Les invincibles

     

          « Si tu ne sèmes pas des graines, il n’y a rien qui pousse. Ce sont de petites victoires. »

     

    Une femme à la rue retrouve un logement ; une autre décroche un petit boulot. Le regard reprend de la lumière, le corps se redresse. C’est possible à condition que la solidarité joue, que les institutions considèrent l’humain autant que le règlement.

     

                                    Les Invisibles : Photo Audrey Lamy, Corinne Masiero, Déborah Lukumuena, Noémie Lvovsky

     

    J'ai vu Les invisibles en compagnie de personnes précarisées soutenues par l'association Luttes,Solidarités, Travail. Nous avons rempli la salle. Puis une cave spéciale dédiée au film, suivie d'un bol de soupe tartiné, serrés autour de la table.

    Certains ont déjà vu cette chronique (inégale) de l'errance sociale.

    "Je m'y retrouve bien".

    Plusieurs scènes impressionnent, notamment l'expulsion, à cinq heures du matin, d'un hameau sous tente, près d'un terrain de foot, là où il ne gêne personne. Policiers casqués, pelleteuses ravageuses, incompréhension.

    Au cours de la discussion, les peurs latentes remontent, en dépit du ton assez léger des Invisibles, inspiré d'une expérience vécue. Crainte de perdre son logement, de ne pas avoir de quoi manger, de voir disparaître l'association qui les soutient.

    "Ce qui est terrible dans le film, c'est de voir qu'on cher cherche à détruire  la solidarité entre les femmes de l'atelier."

    Les Invisibles : Photo Corinne Masiero

    "On", c'est la société, les critères de rendement appliqué à l'aide sociale, l'indifférence. "On doit faire mieux qu'une entreprise", prévient un responsable. Vous devez arrêter de materner, il faut les rendre autonomes, qu'elles soient capables de s'en tirer seules."

    Une assistante sociale n'écoute que son grand cœur. La directrice de L'envol (centre d'accueil de jour, pas de nuit, ça c'est le 115, mais c'est tout le temps occupé) brave la loi. Objectif premier et unique : rendre à chacune sa dignité, condition indispensable pour retrouver l'estime de soi et la confiance en soi.

    C'est ce que je retiens, moi, bien au chaud, des Invisibles, devenus un peu moins transparents dans le regard du groupe réconforté de voir sur grand écran des personnes qui leur ressemblent et qui rassemblent.

    Les invisibles délie les peines et inspire. Elle a déjà écrit un texte après avoir vu le film une première fois. Elle a rédigé sur le champ, dans le train du retour. Deux grandes pages.

    "J'en ai écrit un, et je vais en écrire encore un autre, différent, parce que la deuxième fois, tu vois des choses que tu n'avais pas vues du premier coup".

     


  • Commentaires

    1
    Mariane
    Jeudi 31 Janvier à 09:49

    J'ai vu ce film quelques jours avant toi Patrice, il m'a beaucoup touchée, interpellée, et je me suis dis que tu avais de la chance de le visionner avec elles. J'imagine que le partage a été enrichissant et émouvant.

    Bien à toi et bien à elles,

    Mariane

    2
    Jeudi 31 Janvier à 10:33

    Le partage a surtout été l'occasion de libérer des peurs et de mettre son histoire personnelle sur la table. Le film est vite passé au second plan, tout en ayant marqué les esprits et les cœurs, les personnes s'identifiant aux personnages bien réels du film. Le cinéma a été déclencheur, une fois encore, sur un registre essentiellement grave. Merci de ton petit mot.

     

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