• Le souci du détail

     

                               Bon an, mal an, un ouvrage sur le cinéma sort de l’ordinaire.

     

     

    Il y a eu  couv HVC 04b  Histoire vagabonde du cinéma                                                               
     

     

     Le magique et le vrai   img-book

     

    et dernier en date, L’ordinaire au cinéma. Arnaud Guigue relève l’impossible pari de raconter et de symboliser la façon dont les cinéastes subliment le quotidien banal.

     

                                                  

    L’auteur a choisi douze entrées, dont certaines très originales, telles fermer ou ouvrir une porte, monter ou descendre des escaliers, dialoguer tout en marchant. Parmi les classiques, citons le téléphone, les toilettes, les repas, sous la pluie, la scène de ménage.

    Des extraits de films illustrent la métamorphose de l’ordinaire, puisés dans sa mémoire ou conformes à ses goûts. Le thème de l’ordinaire a été choisi en tant que voie d’accès privilégié à l’humain, choix fondé sur la croyance que la réalité cinématographique ressemble à la réalité extérieure. Le cinéma amène à voir l’ordinaire d’un œil neuf, lui confère une touche d’extraordinaire.

     

    Les Parapluies de Cherbourg: Catherine Deneuve

                                                  La composition d’un plan ne doit rien au hasard. Un insert rapproché sur un téléphone qui sonne et voici le spectateur alerté sur l’importance de la suite. Dans Villa Caprice, un plan long sur des clefs cachées dans un bateau nous prévient que le trousseau jouera un rôle le moment venu. Encore faut-il y prêter attention.

    En général, les dialogues, l’attitude des acteurs captent le regard ; les objets sont des figurants anodins. À moins que la réalisation n’insiste à montrer l’invisible au-delà de l’habitude. L’intérieur désuet de la créatrice de roses de La fine fleur, montré à plusieurs reprises, éclaire le caractère d’Eve, femme calée dans un passé figé.


                                           La Fine fleur : Photo

    Je pense aussi à Moretti, qui aime placer des objets intimes dans ses films. Un agenda et un étui à lunettes ayant appartenu à sa mère, dorment sur la table de chevet d’une femme mourante (Mia madre). Les objets ont une âme.

    Ces exemples sont tirés de films récents. Je reviens au livre, très fouillé sur l’ouverture et la fermeture d’une porte. Porte qui délimite un cadre. Porte qui salue l’entrée d’un personnage. Seuil de porte où un visiteur sonne ; à l’intérieur, expression du visité au moment d’ouvrir sur l’inconnu.

    Arnaud Guigue, spécialiste de Truffaut cite l’exemple de La Nuit américaine (1973). Le réalisateur est obligé de multiplier les prises, car l’actrice se trompe chaque fois à la fin d’une réplique. Elle ouvre un placard au lieu de la bonne sortie. Certains acteurs peinent à accomplir une action sans lien avec ce qu’ils disent. Je repense au film de Benoît Mariage, Les convoyeurs attendent (1999). Le père entraîne son fils à ouvrir et à fermer une porte un maximum de fois en une heure. Le film belgissime mériterait d’agrémenter L’ordinaire au cinéma.

     

                                 

    La fonction des objets évolue avec le progrès technique. Un chapitre retrace l’histoire du téléphone à travers celle du cinéma, avant et après le téléphone portable. La cabine téléphonique, vedette de Phone Game (2002), suggère l’enfermement. L’homme est immobile, coincé. Sa colère s’exprime à grands coups contre les parois de verre transparentes.

     

    Colin Farrell

    Le téléphone portable « crée une nouvelle esthétique bien plus gracieuse que celle du personnage au téléphone. » On téléphone en marchant ou en déambulant sur une belle avenue ou sur une plage du Pacifique.

    Chapeau bas à l’auteur d’un livre érudit, agréable à lire, aux descriptions de scènes très imagées. J’attacherai encore plus d’importance à la périphérie de l’histoire, même si je suis déjà assez focalisé sur les détails éloquents, susceptibles de nourrir la compréhension d’un personnage, d’une situation ou d’une contrée.

    Le cinéma est un art complet. Sa plastique des objets traduit l’homme dans ce qu’il a d’universel.

    « Il existe une façon de dire les choses importantes sans avoir l’air de rien, à partir de menus événements. »

                                             Christopher Nolan et Leonardo DiCaprio Inception (2010)

    Du grand art !    

     


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