• Le silence et la bête

     

                                          Sans un bruit : Photo Millicent Simmonds, Noah Jupe

    Le bruit tue. Sauf les petits bruits noyés dans des plus gros. Le père rassure son fils en dessous d’une cascade géante. La règle est simple : pas un mot, pas un pas plus sonore que l’autre. Au moindre craquement de branche, une créature maléfique surgit de nulle part et agresse le bruiteur. Sans un bruit, ( A Quiet Place, 9 mai en Belgique, à venir en France le 20 juin) captive toujours les foules après sept semaines aux États-Unis et trois en Belgique. L’épouvante muette paralyse le public américain ; il en oublie de manger ses flocons de maïs et de commenter le film à voix haute. C’est dire l’emprise de l’épouvante distillée au compte-goutte sur les sens du spectateur avide du genre. Genre que je fréquente une fois l'an, me réservant la crème du frisson.

                                                    Sans un bruit : Photo Emily Blunt, Millicent Simmonds

    L’atout maître de cette série B réside dans l’identification possible à une famille attachante,  résolue à survivre après une catastrophe terrible dont nous ne saurons rien, sinon par des coupures de presse éparses. Les parents et leurs trois enfants ne croisent jamais personne. Les seuls signes de présence humaine sont les feux lointains allumés au soir, visibles du sommet d’un silo, témoins de survivants débrouillards comme Lee et  Evelyn. Chaque parent à un rôle clairement défini. Le père protège, la mère câline des enfants apeurés, surtout le garçon. La fille aînée, sourde-muette (dans la vie aussi), rue dans les brancards. Elle en a marre de marcher à pieds nus sur des bandes de sable, délimitant le périmètre (large) de sécurité. Le sable étouffe les sons, il s’agit de le renouveler régulièrement.

                                                            Sans un bruit : Photo John Krasinski, Noah Jupe

    Malgré l’ambiance tendue, l’espoir demeure sous la forme d’une naissance proche. Evelyn est confiante, elle a une foi inconditionnelle dans les ressources de son mari. Lee cherche les points faibles de la bête cannibale. Il  améliore constamment le système d’alarme de leur camp retranché. John Krasinski interprète lui-même le film qu’il réalise ainsi que sa femme, Emily Blunt  d'un cran impressionnant. Il montre peu, suggère beaucoup, recale les effets faciles. La réalisation hésite au début à nous plonger dans le silence complet, plaçant une musique superflue pour meubler les blancs. Une fois gagné à l’idée d’une chronique muette, le spectateur oublie la musique. D’ailleurs, elle disparaît après un slow émouvant des amoureux sur Harvest Moon, de Neil Young.

    Petits artifices, grands effets, l’épouvante comme je l’aime, axée sur nos peurs anticipatives et notre sympathie pour cette famille du Middle West.  Réussi à 100%. Je n’en dis pas davantage, afin de préserver un dispositif ingénieux. Déconseillé aux personnes aux nerfs fragiles. J’étais seul dans la salle. Une séance commencée une heure plus tard l’après-midi projetait dans le vide. L’épouvante draine apparemment un public vespéral, voire nocturne. En tout cas, j’ai dormi sur mes deux oreilles. Il est vrai que j’avais commencé à lire Éloge de l’immobilité, Jérôme Lèbre, livre qui s’imposait après avoir tâté d’un monde sans un bruit.

                                                           Sans un bruit : Photo Emily Blunt, John Krasinski

    L’impression que « tout » va trop vite aujourd’hui fait naître un désir immense de ralentissement et de repos, mais nous ne savons pas où ni comment le déployer ou le satisfaire. (p.99, Desclée De Brouwer)

    Au cinéma, par exemple, à 16h15 PM.

    Prochain et dernier ou avant-dernier rendez-vous de Cinémoitheque, après la vision des Bienheureux, sorti deouis le 9 mai et qui arrive seulement à moi,de toute façon, longtemps après la France (17.12.2017).


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