• Le sel de la Rose

     

     

    La fine fleur, un titre à double sens. Les bons sentiments affleurent, n’écœurent jamais. Les cultures de la rose et des relations humaines sont à l’honneur. L’une et l’autre requièrent patience, tact et sensibilité. La greffe prend ou échoue.

     

                La Fine fleur: Catherine Frot

    Eve, créatrice de roses réputée est au bord de la faillite. Véra, son employée modèle recrute trois personnes en phase de réinsertion, de la main d’œuvre bon marché. Le hic, c’est que Fred, Nadège et Samir sont « incultes », comme les qualifie la patronne de la petite entreprise. Un voleur à la petite semaine, un syndicaliste attardé et une grande émotive, chacun va devoir y mettre du sien. Le  temps presse. Les banquiers trépignent, un gros concurrent rôde, avide d’un savoir-faire dont il est dépourvu.

    Un an, il faut un an de délai pour créer une nouvelle variété susceptible de gagner le prestigieux concours des Jardins de Bagatelle. Le trio apprend les secrets de l’hybridation en regardant Eve marier des pères (étamines) et des mères (pistils). Rétifs au début, les apprentis prennent goût à l’horticulture d’élite. Eve la revêche  baisse un peu la garde, leur permet de tenter une hybridation avec des boutures de second ordre. La comédie sociale germe.

     

                                    La Fine fleur: Fatsah Bouyahmed, Marie Petiot, Melan Omerta

    Le soir, elle travaille à la rose parfaite sous l’œil de son père décédé. Elle compulse de vieux almanachs dans un décor suranné, immuable depuis la mort du fondateur, voici quinze ans.

    « La rose était toute sa vie, c’est devenu la mienne », explique Eve dans un soupir. Vendre le fleuron  artisanal est impensable, serait un déchirement. Mais la situation est grave après une pluie de grêlons. Fred, Nadège et Samir retroussent leurs manches. Ils s‘entendent bien, leur patronne s’adoucit et leur fait confiance. Une petite famille est en train d’éclore au chevet  d’une rose improbable : le sauvetage d’un petit domaine entretenu avec amour.

     

                               La Fine fleur: Catherine Frot, Marie Petiot

    Pierre Pinaud effeuille sa rose, pétale après pétale, découvrant des nuances insoupçonnées à l’entame du film. La culture du lien est aussi délicate que la couvaison d’une rose. Véra, la fidèle bras droit d’Eve, a promis au père sur son lit de mort, de rester jusqu’au bout, pour que la fille ne soit pas seule.

    Eve pourrait finir isolée à moins qu’elle ne mette de l’eau dans son vin (qu’elle boit solitaire à la tombée de la nuit), qu’elle déjoue ses préjugés. La fille unique se découvre une fibre maternelle et un goût de la transmission. Ses employés de fortune apprennent la solidarité sur le tas. Véra commence à y croire, son anxiété baisse. Les liens poussent tandis que la rose prend racine. Le langage des fleurs énonce l’indicible.

     

                                    La Fine fleur: Melan Omerta

    La musique est belle, la campagne chatoyante, les acteurs naturels. Le charme gagne le spectateur vaguement ému. Un nouveau monde s’ouvre à lui, où l’important c’est la rose au cœur éclos.

    Le mot de la fin à Antoine Élie, auteur-interprète de la magnifique chanson du générique final :

     

    Tu peux être sûre

    Que tu n'seras plus jamais seule

    Pour franchir les murs

    Il y a de la place sur mon épaule pour une Rose et son armure

     

    Depuis que ma vie dure

    Je n'avais jamais eu personne

    Pour guérir mes blessures

    Jusqu'à ce qu'un jour une Rose vienne se poser

    Sur mon armure

                                                                                La rose et l'Armure.

     

    Allez cueillir vite La fine fleur, avant qu’elle ne flétrisse dans le tourbillon des cultures industrielles.

     

     


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