• Le gai détective

     

     

      À couteaux tirés : Affiche

    Il semble que les lecteurs de Cinémoitheque apprécient quand j’évoque mon histoire personnelle comme dans Plein gaz précédemment. Donc je récidive.

    Toujours vers douze-treize ans, j’ai lu un premier roman d'Agatha Christie. Je me souviens encore du titre : Le meurtre de Roger Ackroyd et de ma frustration d’avoir été berné par une fausse piste. « Ce n’est pas juste, elle cache des indices, aurais-je dit à l’époque. Mais pris au jeu, j’ai lu Les dix petits nègres. J’ai compris que dissimuler des éléments de l’enquête signait le label AC. Le personnage d’Hercule Poirot m’amusait aussi, détective belge né de la plume d’une anglaise respectable.

                                                                                       Image illustrative de l’article Le Meurtre de Roger Ackroyd 1926

    AC+T, À couteaux tirés respecte la règle à la lettre. C’est de l’Agatha pur jus serti dans le décor d’un manoir truffé d’objets exotiques, de marionnettes grimaçantes, de parquets grinçants. C’est vrai que mon fils et moi (la sortie cinéma était mon cadeau d’anniversaire) avons grincé des dents au début quand les membres de l’honorable famille du défunt défilent devant les enquêteurs. Difficile de fixer des noms sur les nombreux visages. Une certitude, les acteurs s’amusent, le montrent et cabotinent joyeusement. Daniel Craig, alias James Bond, joue le détective Blanc (prononcez Blanque et non Blenk) avec délectation. 

                            À couteaux tirés : Photo Daniel Craig

    Il déconcerte. Est-il un fin limier ou un homme aveuglé par la beauté de la principale suspecte, une infirmière immigrée venue d’Équateur, d’Uruguay ou du Brésil… ses employeurs ne savent plus. Quelle importance, ils font leur part en employant cette pauvre migrante, dévouée et efficace par ailleurs, très proche du patriarche suicidé ou trucidé, on verra.

    Nous sommes dans une famille bourgeoise américaine bien pensante, bienveillante aussi à l’égard de Marta désormais sans emploi. Une conversation de salon sur les dangers des flux migratoires en dit toutefois long sur l’étendue des bonnes intentions de l’Amérique nantie.

    Cette bienveillance de façade explose lorsque la famille d’accueil apprend que Marta hérite seule de l’immense fortune de l’auteur de roman policiers à succès. Le clan éructe, s’étrangle, rage, -c’est normal, non-. Place ensuite à la stratégie froide ; chacune, chacune se positionne, manipule, copine, selon son intérêt personnel.

    Succulent !

                                 À couteaux tirés : Photo Ana de Armas

    Rian Johnson nous met tous les indices sous le nez, parfois fugaces, et on n’y voit que du feu. Et cela finit comme on ne s’y attendait pas et c’est très bien ainsi. Les codes du Whodunit sont respectés, teintés d’humour ravageur, de rebondissements judicieux et de chaudes couleurs automnales.

    Vous reprendrez bien un petit Blanc (Prononcez Blanque, à la Hercule Poirot, quoi.)

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :