• Le féminin de l''immigration

                               

                              Atelier Cinémouvance  le 16 avril : Internet, réseau dans tous ses états

     

                                  

                              Peur de rien : Photo Manal Issa         Brooklyn : Photo Saoirse Ronan         

    Deux portraits de femmes exilées vus à un jour d’intervalle. Lina m’a agacé, Eilis m’a touché.
    Deux époques, la France des années nonante, l’Amérique fin cinquante. Deux sources d’inspiration, autobiographique et romanesque.

    Lina se cherche à tous vents, Eilis se trouve dans l’introspection. L’une rejette le Liban étouffant à dix-huit ans, l’autre quitte l’Irlande où il n’y a rien pour une jeune femme de vingt-deux ans. Eilis profite d’une filière d’immigration sous le goupillon de l’Eglise catholique. Le père Flood arrange les papiers, procure du travail et réserve une chambre dans une pension de famille à Brooklyn. Il y a pire comme intégration.

    Lina juste inscrite à l’université doit décrocher un permis de séjour. Elle coupe les ponts avec sa tante établie en France, elle est à la rue et prend ce qui vient, hommes, idées politiques, cours en fac’. Lina sort en boîte, collectionne les aventures, change d’orientation

    d’études. PEUR DE RIEN au Cinéma Bourg-en-Bresse La Grenette Elle flambe doucement, éteint la lumière quand elle fait l’amour, girouette avec des papiers en règle comme seul cap.

    Le tempérament réservé d’Eilis m’a plu davantage que la volatilité de Lina. La colonie irlandaise a plus éveillé ma curiosité que le Paris étudiant. Les immigrés de l’Erne tracent un cercle incluant les bals du samedi soir, la messe, le repas de Noël pour les indigents (Irlandais only), les filles en quête d’un bon mari à défaut d’un grand amour.

     

                                                                   Brooklyn : Photo Emory Cohen, Saoirse Ronan

    Justement l’italo-américain Tony Fiorello en pince rudement pour la belle gaëlique. Sa cour assidue guérit le mal du pays d’Eilis mais ne la convainc pas encore d’élire sa terre d’adoption. Son soupirant semble accepté par raison, manque la flamme de l’amour brûlant. Eilis écrit régulièrement à sa sœur Rose : je vais mieux, "je suis maintenant au milieu de l’océan au lieu d’être dissociée corps et esprit entre ici et là-bas". Entre deux rivages, Eilis hésite.

    Lina, la France, elle y est, elle y reste. Son souci serait plutôt de choisir des amis fiables, elle semble vouée au cabotage entre intégration et exclusion des milieux qu’elle fréquente. Je n’ai clairement aucun atome crochu avec Lina tandis que j’admire la détermination d’Eilis à sonder la profondeur de ses sentiments et son besoin réel d’ailleurs. L'hypersensibilité intériorisée du roman affleure dans une superbe photo et l'interprétation toute en retenue de Saoirse Ronan. J’ai besoin d’un minimum d’empathie avec les personnages pour aimer un film au-delà de l’histoire qu’il développe.

    Brooklyn : AfficheBrooklyn (24 février en Belgique, 9 mars en France) a aussi une ambition esthétique absente de

    Peur de rien : AffichePeur de rien (10 février en France, 2 mars en Belgique) qui privilégie la caméra sur le vif.

     

    La salle obscure dévoile un espace intérieur dans un mouvement incessant, de soi à l’écran, de l’écran à soi. Le cinéma insinue, évoque, trouble… et prête à réflexion.

                                 Le PP dit NON à l’invasion programmée de l’Europe Aurais-je eu le cran de Lina et d’Eilis de quitter les miens dans l’espoir hypothétique d’une vie meilleure dans un pays inconnu ? J’ai évidemment pensé à la vague de réfugiés agitant l’Europe dans tous les sens. Ceux qui arrivent chez nous ont de bonne raisons de fuir : la guerre, la misère, les haines ethniques… C’est une immigration forgée par les circonstances, dans l’inconfort total.

    Eilis et Lina veulent surtout changer de société, c’est une option personnelle, rien ne les force à partir. Elles ont des points de repère dans leur pays d’accueil et peuvent toujours se replier sur leurs bases familiales. Oserais-je dire que c’est un exil supportable parce que choisi naturellement.

    Deux films, deux tempéraments, deux climats et comme toujours au cinéma, plusieurs pistes de réflexion et de discussion.

     

     


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