• Le conte est bon

     

     

    Un chapitre de mon livre est consacré aux récits de films soulignant les ressources des enfants courage. Le jour des corneilles Corneilles apprend à conjuguer le verbe aimer au terme d’un incroyable saut dans l’inconnu. Ce merveilleux film d’animation nous prend la main vers des bonheurs impensables. Il réveille l’enfant intérieur qui sommeille en nous.

                                                             

    « Si moi, j’ai de l’amour, lui aussi.»  Le fils de l’ogre est confiant. Son père a perdu ou caché l’amour, il suffit de le récupérer  et de le remettre à l’intérieur. Voilà la trame simplissime d’un conte vibrant de couleurs chaudes et lumineuses, raconté tant aux petits qu’aux grands enfants. Le film est librement adapté d’un roman pour adultes de Jean-François Beauchemin. Le récit introspectif du livre devient un album vivant, dessiné au fusain impressionniste, mélange de merveilleux et de réalisme. Le propos détourne les canons habituels du conte. La sombre forêt est accueillante contrairement au village peuplé de mauvaises personnes. Les oiseaux noirs endossent la parure de messagères bienveillantes. Le jour des Corneilles est un pur régal, composition éblouissante de charme et d’émotion. Sa poésie soigne notre enfant intérieur. Ce film très pictural dessiné à la main rassérène le cœur et l’esprit. L’imaginaire détient l’art d’adoucir le deuil d’un être cher et d’embellir l’ordinaire.

    Place à l’histoire du fils Courge (il n’a pas de prénom), élevé à la dure par son colosse de père. L’enfant tue sa pitance quotidienne à la fronde, il n’a aucun scrupule. Il ne s’aventure jamais au-delà de la forêt, son seul univers. Le père l’a prévenu : après les bois, c’est la mort. Le garçon aux allures de Gollum espiègle, trois tifs sur le crâne, les yeux en boule de loto, respecte l’injonction. Les jours de solitude, le gamin sans nom devise avec les créatures de l’Outre-monde, fantômes centaures qui auraient plu à Charles Perrault.

    Le petit Courge est le seul à voir les revenants. Il confie à sa mère à la tête de biche, avoir vu une «bizarrerie maximalement bizarre ». Il a aperçu des «comme nous» au loin, par-delà l’or des champs de blé. L’enfant est drôlement excité. Il est amené à franchir la frontière fatidique. Son père, tombé d’un arbre, gît inanimé et  nécessite des soins.Les revenants bienveillants encouragent le gamin à poser le pied en territoire inconnu. Le fils bricole un brancard de fortune et transporte le père jusqu’au bourg voisin.

                                                         

    Le médecin soigne Courge malgré l’hostilité des villageois, furieux de voir ressurgir un passé maudit sous les traits de l’ogre abhorré. Le brave docteur n’a cure de la furie. Il présente sa fille Manon au fils Courge. Le sauvageon entame sa découverte d’un monde insoupçonné sous l’égide de sa jolie guide.

    Elle initie son nouvel ami à la vie « normale ». Elle lui apprend à se moucher, à se regarder dans un miroir et à sentir ce que signifie aimer. Le garçonnet conjugue rapidement le verbe à Manon. Il imagine que son père n’a plus d’amour. Il décide de partir en chasse de l’émotion disparue chez Courge. Manon est étonnée de voir son petit ami parler avec les revenants de l’Outre-monde. Elle ignore que les âmes pures ont le privilège d’entrer en contact avec les messagers entre l’au-delà et l’ici-bas.

    A peine remis sur pied, Courge regagne la forêt avec son fils. Celui-ci est résolu à retrouver l’amour qui a déserté son père. Le fils suit le géant au cœur des bois touffus. Il s’endort  au pied d’un mausolée de verdure. L’ogre muré dans son chagrin s’est assoupi près de la tombe de sa veuve. Le fils s’aventure sous la voûte arborée d’un bleu chatoyant et constellé. Il plonge dans le sarcophage abritant la sépulture de sa mère. Il  sent une présence dans son dos. Il se retourne et voit le fantôme de sa maman. «Il n’y a que tes os dans cette boîte,  je ne vois pas l’amour du père. Est-ce possible qu’il n’y a rien d’autre, interroge inquiet, le garçonnet? »

    Les yeux de la biche clignent tristement. La revenante ouvre la main, des papillons blancs s’en échappent et tourbillonnent autour de la tête du fils. Les émissaires soyeux déploient les images du passé. Les parents, fous amoureux, bannis du village, trouvent un refuge inespéré dans la forêt accueillante. Le petit Courge assiste aussi à la mort tragique de sa mère et à l’immense désespoir de son père. Le fiston comprend l’attachement exclusif de son père à la forêt chère à sa femme.

    Le grand Courge rend son dernier souffle. Il apparaît en cerf majestueux au jeune orphelin et à Manon, venue du village sous la conduite des corneilles. Courge a rejoint sa belle défunte dans l’Outre Monde. Le couple renoué salue les deux enfants émerveillés, main dans la main.

     


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