• Le cinéma planche sur le théâtre

     

                             Prochain atelier de ciné-thérapie le 14 novembre        

     

     

    Je vous écris en écoutant la musique du Joueur de violon.

     

    Une interview radio diffusée au petit déjeuner m’a mis la puce à l’oreille. Une mélomane décodait la Partita de Bach, le même motif de huit notes, ramené trente fois, censé éveiller les sens et la sensibilité. Une bouffée de Partita ponctuait en sourdine des paroles que je n’écoutais déjà plus. La grande musique avait réveillé instantanément la mémoire d’une séquence du Joueur de violon interprétant Mendelssohn dans les corridors du métro parisien. Les notes allègres ralentissaient puis stoppaient le flux anonyme des pas souterrains. Les gens surpris, ensuite charmés, esquissaient un pas de danse, la guichetière quittait son cagibi, la vie reprenait un cours joyeux dans le ventre de Paris.

    Le souvenir est d’autant plus vivace qu’il est associé à une émotion. Le cinéma archive un monceau de vibrations à notre insu.


    Ce n’est pas le cas du théâtre, du moins pour moi. J’hésite toujours à voir un film tiré d’une pièce. Je préfère les adaptations aux transpositions à peine réaménagées pour le grand écran.

    Biloxi BluesJ’ai donc apprécié Biloxi Blues, A Dangerous Method ou Incendies.

    J’ai quelques souvenirs d’enfance de My Fair Lady,

    West Side Story et bien sûr de La mélodie du bonheur. Le cinéma porte bien la comédie musicale, l’emporte même dans Mamma Mia, si l’on aime Abba et admire l’immense talent de Meryl Streep.


    Les acteurs, le thème de la pièce jouent un rôle déterminant dans le choix de mes rares incursions au théâtre filmé.

    Diplomatie,

    Diplomatie : Photo André Dussollier, Niels Arestrup

    Carnage, les films de Resnais (Cœurs, Mélo, Smoking) m’ont accroché. Le dîner de cons et Le prénom m’ont bien fait rire. En revanche, les grands classiques en images me laissent assez froid, à part Cyrano de Bergerac ou quelques bons vieux Tennessee Williams, avec Elizabeth Taylor, Paul Newman, Burt Lancaster…


    Il m’arrive aussi d’être moins sélectif. Ange et Gabrielle (sur les écrans le 11 novembre) est l’adaptation de L’éveil du chameau. La réalisatrice a modifié l’axe de la pièce. Elle privilégie la relation entre Ange, quinqua fringant, et un fils qui déboule dans sa vie et dont il ne veut pas. Anne Giafferi explique son option.

     

    Ange et Gabrielle   

                                                        "À titre personnel, il me paraissait intéressant de développer la question de la paternité et de la maternité chez un homme et une femme d’un certain âge." C’est assez courant à Paris, paraît-il, puisque Patrick Bruel a puisé l’inspiration parmi ses connaissances : " plusieurs amis autour de moi ont vu apparaitre un enfant de douze, quinze, dix-huit ans…C’était tellement soudain pour eux...  Une nouvelle vie. Leurs histoires sont assez bouleversantes". Le chanteur acteur a probablement trouvé écho à son expérience personnelle, devenu père de deux fils à quarante-cinq et quarante-sept ans.


    Le film aurait pu s’intituler Deux hommes et un couffin. Père et fils présumés héritent d’un enfant dans le dos. La mère de dix-sept ans avait « envie d’un truc à elle.» La mère de la mère met tout le monde devant ses responsabilités avant de tomber amoureuse et

    enceinte du père supposé de son futur beau-fils. Vous me suivez ?  Ange et Gabrielle : Photo Alice de Lencquesaing, Isabelle Carré, Patrick Bruel

    Le père acculé (le quinqua) renonce au test ADN pour savoir si le fils présenté est vraiment le sien.
    « Ça n’a pas d’importance, parce que tu me plais, dit-il. Je veux être un père, pas ton père, un ami, un complice, un confident, ce que tu veux.» Ce petit monde a bien de la chance, au contraire de l’ami homosexuel, qui, lui sait pouponner, mais cherche désespérément un père à son désir d’enfant. Ce sera le premier marié du lot.


    Cette aimable comédie, bien jouée, manque de ressort et de cadence. Elle effleure un paquet de virages existentiels : la maternité précoce, la paternité tardive, la condition de la mère célibataire, la peur de vieillir seul, le mariage pour tous. Prise de tête interdite, c’est très consensuel et mou.


    C’est l’exact opposé de Black ( en Belgique , le 11 novembre), sur lequel je comptais faire l’impasse tellement ce film m’a écoeuré par sa violence enrobée dans une esthétique de clip tape à l’oeil. Deux jeunes cinéastes flamands, d’origine marocaine ont adapté deux livres de Dirk Bracke, Black et Back, histoire de bandes rivales, entre Molenbeek et Matonge. Les images sont très réalistes, (viols collectifs, agressions verbales), le duo voulant tourner le dos à la « violence stylisée de West Side Story».

     Black de Billal Fallah et Adil El Arbi

    Je me demande comment réagiront les Africains noirs de Bruxelles à une présentation douteuse de leur communauté. La maestria de la réalisation éblouit critiques et public des festivals. De la poudre aux yeux, selon moi, qui occulte l’absence de point de vue sur la dangerosité des bandes et sur la violence triviale, je devrais dire tribale. Les avis étaient diamétralement opposés à la fin de projection au dernier Festival du Film Francophone de Namur. Billal Fallah et Adil El Arbi se défendent d’avoir voulu stigmatiser qui que ce soit. Ils avaient simplement envie de  réaliser un beau film, variation sur Roméo et Juliette, version métisse.

      Black de Billal Fallah et Adil El Arbi


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