• Le chevalier blanc

     

                        A voir Free State Of Jones  (14 septembre), on se dit que l’élection d’Obama à la tête d’un pays foncièrement raciste tient du miracle. La guerre de Sécession prend fin en 1865 avec l’abolition de l’esclavage. Les grands planteurs de coton du Sud ne l’entendent pas de cette oreille. Ils tournent  la loi en instituant l’apprentissage forcé des jeunes noirs. De nobles soucis éducatifs masquent l’exploitation d’une main d’œuvre contrainte après une défaite synonyme de débâcle économique.

    Newton Knight continue son combat pour l’égalité raciale. Ce fermier du Mississipi  a déserté les rangs confédérés dès qu’il a compris servir les  intérêts des riches propriétaires. Les fils aînés étaient dispensés de guerre dès que papa asservissaient vingt esclaves.

                                                  

    « On est toujours le nègre de quelqu’un. » Newt se réfugie dans les marais, rejoint ses frères de couleur qui récusent leur condition indigne d’un être humain. L’égalité entre les hommes, nul ne peut s’appauvrir pour enrichir l’autre, ces deux principes sont inscrits dans la charte fondamentale de l’État libre de Jones, république  instituée au sud-est du Mississipi. L’enclave rebelle naît d’une guérilla menée  durant deux ans par une poignée de fermiers et d’esclaves contre le pillage des terres au bénéfice de soldats sudistes démunis.

    J’ignorais tout de cette tranche d’histoire des États-Unis, qui ne l’étaient pas encore vraiment. Gary Ross déploie pédagogie et proximité au cours d’une leçon passionnante sur un épisode méconnu de la saga américaine, entre 1863 et 1876. L’épopée libertaire du 19ème siècle a encore des suites cent ans plus tard. Un descendant du charismatique indépendantiste joue d’ailleurs dans le film, rappelant que sa famille a encore souffert récemment de l’union ancienne de son troisième arrière-grand-père avec une créole. En 1957, un de ses arrière-petit-fils comparaît devant les tribunaux pour mariage illégal  entre un homme de couleur et une femme blanche. Le jeune Knight a en effet un huitième de sang noir dans les veines.

                 

    Ce pont entre les époques du récit témoigne de la lenteur administrative et judiciaire à admettre l’égalité des droits entre couleurs de peaux différentes. Le Ku Klux Klan est né dans la foulée de l’abolition de l’esclavage, de nombreux citoyens noirs ont péri dans la conquête du droit de vote, toujours sous la houlette de Newt Knight, utopiste invétéré. (Nom de famille prédestiné, Knight signifie chevalier en Anglais)

    La ségrégation persiste au pays de l’Oncle Sam. En 2013, la Cour suprême redonnait aux cinquante États  de l’Union la faculté de modifier leur code électoral.Trente-trois États se sont empressés de durcir les conditions du droit de vote, en renforçant la procédure d’identification des électeurs. La liste des documents recevables a été considérablement réduite, pénalisant des centaines de milliers de citoyens noirs et hispaniques. Des chiffres précis figurent dans la dernière livraison de la revue Manière de voir consacrée aux

    conflits internes américains.       

    Je suis toujours preneur d’un cinéma académique à défaut d’être original, porté par une belle interprétation (Matthew McConaughey  convaincu et convaincant) qui éclaire l’époque contemporaine à la lueur de conflits ancrés dans le passé. Je suis donc partant pour Cézanne et moi, toutefois les émeutes à Charlotte et la proximité des élections américaines m’ont poussé à d'abord honorer le courage et la détermination des oubliés de l’histoire.

     


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