• Le bonheur en pot

     

     

    Au détour d’un reportage sur les voitures électriques, j’apprends qu’un modèle moyen consomme vingt kWh au cent kilomètres. Je ne fais ni une ni deux, je calcule de tête, ce que représenterait ma consommation annuelle à raison de vingt-cinq mille km l’an. Total : 5.000 kWh, soit une fois et demi la consommation moyenne d’une petite famille. À supposer qu’un jour, la terre porte 500 millions de véhicules électriques (hypothèse basse), vous n’imaginez pas la quantité supplémentaire de kWh qu’il faudra produire. Inimaginable, insupportable, intenable.

     

                                           Little Joe : Photo

    Le bonheur est ailleurs. Dans le parfum des fleurs que nous inhalerons, sécrétion du bonheur assuré grâce aux manipulations génétiques. Alice y croit dur comme fer, au point de donner le nom de son fils à sa créature bienfaisante. Little Joe aime les caresses, les douces paroles et l’affection que les humains daignent lui prodiguer.

    Gorgé de tendresse, le bouton rouge grossit à vue de cœur et expectore un pollen euphorisant. Revers du pistil, Little Joe exige un attachement exclusif, celui qu’Alice peine à donner à son fils, absorbée par sa noble tâche. Elle consulte régulièrement une psychothérapeute après une séparation difficile.

    Le bonheur donc mais à quel prix ? Juste une légère modification de la personnalité. Les adeptes de la vie Zen se sentent devenus étrangers à eux-mêmes. Ils perdent leur capacité d’empathie. Alice commence à douter. Elle confie son inquiétude à sa thérapeute. Celle-ci pense à une projection de son inaptitude à la sérénité.

     

                                                    Little Joe : Photo Emily Beecham, Kit Connor

    Jessica Hausner joue sur une ambiguïté permanente, malaise renforcé par de vastes espaces blancs où les personnages réussissent difficilement à se maintenir dans le champ de la caméra. L’atmosphère est oppressante. Les intérieurs sont décorés a minima, tachetés de vert menthe,  de rouge sang et de blanc clinique. La désincarnation mine les émotions. Les êtres uniformément heureux refoulent le moindre écart émotif à la consigne du bien-être éternel.

    Un film intrigant, qui laisse sur sa fin; donne au moins à penser les conditions  admissibles pour être bien ensemble ici-bas. Nous avons le choix entre nous conformer au prescrit de la société techno-libérale ou « à se réapproprier sa propre trajectoire, quitte à dire non et à sortir du troupeau, sans doute une des plus grandes jubilations que la vie peut nous offrir. »

    ... Il existe mille manières, petites et grandes, de reprendre un tant soit peu la main, de se faire du bien et d'ajouter un peu de joie à ce monde...(Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Corine Morel Darleux).

     

    Little Joe : Photo

                                                                                                   Nous étions trois,

                                                                                                   puis deux dans la salle.

                                                                                                   La spectatrice sortante a éternué en quittant la projection.

                                                                                                   Elle était peut-être allergique à…  

     


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