• Latino Side Story

     

                                              ANTHONY RAMOS as Usnavi and MELISSA BARRERA as Vanessa in Warner Bros. Pictures’ “IN THE HEIGHTS.”

     

    J’ai pris hier, bouche grande ouverte, un antidote puissant à la morosité. Je saisis mon clavier séance tenante  pour chanter les louanges d’une comédie musicale, polyphonique, poétique et politique. In The Eigths (D’où l’on vient) a été tourné dans le quartier latino de Washington Eights, au nord de Manhattan. Des acteurs américains, d’origine latino, chantent et dansent le feu de Dieu. La vibration identitaire est forte, portée par le vécu quotidien d’immigrants de la troisième et quatrième génération, tiraillés entre leurs racines et la culture du pays d’adoption de leurs parents et grands-parents.

    « On a dû asseoir notre dignité à petites touches, dit l’Abuela, la doyenne, grand-mère respectée de tous. Elle était de la première vague d’immigration en ligne directe de Porto-Rico, Cuba, du Mexique et de la République dominicaine, soixante ans plus tôt. Claudia entretient la mémoire des primo-arrivants, la génération qui a encaissé et s’est accrochée. Partir ou tenir, subir ou résister.Les séquences avec la grand-mère remuent au très profond.

     

                              (L-r) DAPHNE RUBIN-VEGA as Daniela, STEPHANIE BEATRIZ as Carla, MELISSA BARRERA as Vanessa, OLGA MEREDIZ as Abuela Claudia, GREGORY DIAZ IV as Sonny, DASCHA POLANCO as Cuca and JIMMY SMITS as Kevin Rosario in “IN THE HEIGHTS”

                                                           « Patiencia y fé ! »                            

    Patience et foi. L’aïeule prononce ses mots tel un mantra. Elle offre des mouchoirs brodés à la main à Nina, partie étudier à Stanford. « Une petite chose qui dit au monde que nous ne sommes pas invisibles. » Nina veut renoncer aux études, elle ne supporte pas la ségrégation envers les personnes à la peau foncée. Son père se saigne pourtant les veines afin d’assurer une vie meilleure à sa fille.

    Usnavi épargne sou après sou au comptoir de son bodega (épicerie). La nostalgie des plus belles années de sa vie  nourrit son sueñito ; retourner à la Dominique. Tous les jeunes du barrio ont leur petit rêve, tous sont attachés à leur quartier en mutation. « Laisse-moi écouter mon quartier ». Les mains de la jeune cubaine agrippent la barrière du balcon. Elle a vue sur le pont de Manhattan, si proche et si lointain, trait d’union avec les rues huppées.   

     

                                      (L-r) LESLIE GRACE as Nina Rosario and COREY HAWKINS as Benny in “IN THE HEIGHTS”

    La coiffeuse déménage, la compagnie de taxis change de volant, un glacier concurrence le vendeur ambulant de piragua (glace pilées arrosée de sirop, Porto-Rico). Les temps sont flottants, alors on chante, danse, flirte partout : dans la piscine (magistral) , à la verticale sur un mur (magique),  dans une cour intérieure (intense), en boîte (chaud, chaud). Plusieurs chorégraphies sont de petites merveilles, dégagent une énergie folle, chatouillent les pieds du spectateur. Hip-hop, rap, salsa, romance, la large gamme porte une partition (un peu longue) de 2h23’.

    Les femmes sont plantureuses et sensuelles. Leur déhanchement lascif fascine les hommes émoustillés. La caméra épouse les mouvements, capte les œillades assassines, glisse sur  les courbes généreuses, jamais voyeuse (Bizarre, le film est réservé aux plus de 13 ans aux États-Unis).

     

                                            (L-r) MELISSA BARRERA as Vanessa, STEPHANIE BEATRIZ as Carla, LESLIE GRACE as Nina Rosario, DASCHA POLANCO as Cuca and DAPHNE RUBIN-VEGA as Daniela in “IN THE HEIGHTS”       

    J’ai accentué la note politique, probablement influencé par le drame des 250 sans papiers grévistes de la faim à Bruxelles, depuis le 23 mai. Vers la fin du film, une manifestation à laquelle participent les plus jeunes, réclame un statut pour les mineurs sans papiers. Nina, porte-drapeau d’une réussite possible au-delà de Washington Eights, voit du coup un débouché humanitaire à ses études.

    D'où l'on vient témoigne de la vie compliquée des latinos américains au pays de la statue de la liberté. Mais leur tempérament joyeux submerge les mélancolies. Je leur envie cet optimisme viscéral, leur goût de la fête. J’ai appris énormément sur une communauté très attachée à ses origines, jusqu’à les intégrer dans les créations de vêtements et les fresques murales.

    C’est le spectacle de l’été. Faites-lui un triomphe, mobilisez le bouche à oreille, car cette comédie musicale, chatoyante, bigarrée, entraînante, n’a quasiment pas de visibilité. Qué felicidad                              

     

                          In The Heights - People in a mob dancing on the streets with logo text overlay                             In The Heights - Olga Merediz and Jimmy Smits on steps looking and smiling

     

                                          

    Lire aussi : Nickel Boys, de Colson Whitehead, sur la condition infâme réservée aux Noirs dans la Floride               ségrégationniste des années 60.

     

     

     


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