• La vie sculpte le cinéma

     

    « Je ne suis qu’un ouvrier qui a appris à lire », dit Rodin à Rose, sa servante, sa compagne vers laquelle il revient toujours, préférant la campagne au monstrueux Paris. Dans la capitale, le génie du marbre séduit Camille Claudel, prélude à dix ans de passion et de tourments. Camille veut un contrat d’union. Elle dicte ses clauses, il écrit sur un coin d’établi et signe. Son élève n’est pas dupe : « de toute façon, tu ne respecteras rien ». Auguste chérit sa liberté, muse de sa créativité.

                                                              

    Le Rodin (24 mai) de Doillon est austère et théâtral, centré sur la vie sentimentale d’un artiste autoritaire et sûr de lui pour son art, timoré et fuyant quand il affronte les femmes et la société. D’emblée, je me demande pourquoi le film est sous-titré. Je vois rapidement que je ne comprends pas toujours les dialogues marmonnés. Mon regard glisse vers le bas de l’image afin de confirmer ce que j’ai cru entendre. J’ai préféré le somptueux Camille Claudel de Bruno Nuytten et Adjani (1987) au parti-pris de Jacques Doillon, résolu à dire le moins possible sur la manière de Rodin. Il réussit même à ne donner aucun plan général de la cathédrale de Chartres dont le sculpteur montre la statuaire à Rainer Maria Rilke. « C’est ici que j’ai tout appris, en regardant et en dessinant.»

    Nous apprenons aussi que Rodin vouait une grande admiration aux sculpteurs grecs de l’Antiquité, les seuls à rendre parfaitement la palpitation des corps. Rien non plus ou si peu, sur le bouillonnement artistique de l’époque, lorsque les impressionnistes révolutionnaient la peinture. Rodin les fréquentaient, fasciné par leur approche de la lumière.

                                                         Rodin, avec Vincent Lindon : découvrez la bande-annonce du film

    L’ennui nous a gagnés rapidement, mon épouse et moi. Nous sommes restés sur notre faim. Rodin méritait mieux qu’une lubie de cinéaste, décidé à secouer le canevas du biopic traditionnel. Le public ne suit pas, la critique encense, du moins en France, tandis que la Belgique fait  la moue. Cette divergence d’opinion caractérisait aussi l’appréciation de K.O., prisé outre-Quiévrain, boudé ici.

    Relative déception  aussi après la lecture de Secrets de cinéma, deuxième ouvrage consacré aux coulisses d’un film que je vous propose pour l’été. Bruno Cras, le Monsieur Cinéma d’Europe 1 se contente de nous livrer des blocs d’interviews d’une trentaine de cinéastes de l’hexagone. Il ne nous dit rien – au contraire de Michèle Halberstadt –  sur le climat de la rencontre, sur le tempérament de la personne invitée dans son émission. La station périphérique, qui a connu ses heures de gloire a été, et l’est encore un peu, un passage obligé pour les artisans du cinéma français. L’auteur parcourt quarante ans d’interviews, surtout la période 1974-1998, avec Les valseuses, 37°2, le matin, Le nom de la rose. Plus proches, Les intouchables, Les Garçons et Guillaume, à table !, La marche de l’empereur. Chaque film est précédé d’un court résumé, puis les cinéastes racontent la genèse de leur film, le choix parfois aléatoire des acteurs, les bizarreries de tournage, voire les négociations avec les distributeurs.

    C’est souvent intéressant, jamais édifiant, hormis quelques belles histoires, comme celle de Grégory Gatignol appelé sur le plateau

    des choristes, pour jouer un élève rebelle.Affiche Grégory Gatignol  A l’époque (2004), l’adolescent est apprenti- pâtissier, placé dans une maison dite de  redressement. Le directeur de l’établissement a prévenu « Faites attention, c’est un très dur. » En fait, il a été le plus gentil de tous, raconte Christophe Barratier. Dans le making of du film, on demande au jeune acteur ce que le cinéma lui a apporté : il y a quelque chose d’incroyable, ici, c’est la première fois que tout le monde est gentil avec moi. » Le réalisateur comprend que la vie de Grégory a changé. Christophe a suivi de loin et puis de près les frasques de son protégé, puis celui-ci s’est définitivement assagi en tournant un deuxième film. Il a maintenant douze ans de carrière au cinéma et à la télévision, est marié et papa. «  Lui, c’est le cinéma qui l’a aidé à s’en sortir.» (p.71)

    La vie et le cinéma son intimement mêlés. Claude Lelouch (Itinéraire d'un enfant gâté, p.95))  intègre toujours grosse une part de vie dans ses  scénarios. « Dans la vie, il y a des figures imposées et des figures libres. La vie a plus d’imagination que tous les scénaristes du monde. Elle rentre dans les histoires des 7 milliards d’individus qui sont sur cette terre. Il y a donc 7 milliards d’histoires potentielles. » (p.97). Lelouch dit avoir toujours privilégié l’instinct à la réflexion. Il se fie au hasard, qui l’a toujours emmené là où l’intelligence n’a jamais été capable de le conduire.

    Itinéraire d'un enfant gâté - Jean-Paul Belmondo  (Bébel fait fuir un vrai lion dans Itinéraire d'un enfant gâté)

    « Les gens viennent à moi, ils me racontent leurs histoires. Je m’en nourris et on retrouve tout ça dans mes films. » (p.101).

    Bruno Cras - Secrets de cinéma. Les trente histoires de Secrets de films (238 pages), lues à petites doses, recèlent quelques récits surprenants qui en disent un peu plus long sur la petite histoire du cinéma. Le plus beau est à venir. Les premières pages du troisième ouvrage élu sont enthousiasmantes. Christine Masson  a approché les plus grands du septième Art. Elle relate ces moments exceptionnels et fait en même temps  œuvre de véritable écrivain. Elle parle de son amour immodéré du cinéma et de ceux qui l’aiment au point  d’y vouer leur existence.

    « Aimer le cinéma, le préférer à la vie et retrouver la vie à travers ses rencontres sur la création ! J’ai décidé de tout confondre pour me retrouver… » écrit-elle en exergue de Aller au cinéma ou faire l’amour, illustré par Yann Legendre.

    J’espère vous avoir mis le livre à la bouche… A suivre ! 


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