• La preuve par trois

     

     

    Le sixième atelier de ciné-thérapie a eu lieu hier. Deux inscrits seulement. Dilemme : maintenir ou reporter. J’ai maintenu. Il me semblait avoir perçu une envie, voire un besoin réel de sonder l’estime de soi. Effectivement, les deux participants ont montré un engagement remarquable au long d’une journée dense, intense et riche.


    Nous étions tous les trois assez fatigués en bout de course et heureux d’avoir tenu le pari de démêler les ressorts de l’estime

     

    personnelle en petit comité. The Weather Man, The Weather Man : photo Nicolas Cage a été convoqué chaque fois que la parole peinait à trouver sa voie. Le film du jour filait les métaphores difficiles à émerger dans le réel. Celle du tir à l’arc a séduit, en ce qu’elle illustre l’importance de choisir seul la cible que l’on veut atteindre, le sens donné à son existence. David, Mr Météo d’une télé locale sourit à l’écran et grimace dans la vie. Il est divorcé, ses enfants lui échappent ; son père, écrivain célèbre, le prend pour un bon à rien.


    David essaie de renverser la tendance orageuse sur tous les fronts. Il engrange quelques succès. Il commence le tir à l’arc. Ce passe-temps l’oblige à se centrer, son bras ne tremble plus. Il pulvérise la glace sur les cibles gelées dans des parcs déserts où il s’exerce seul. Là au moins, il maîtrise. L’estime de soi se construit sur un terrain solide. David relève un défi à sa mesure et ne s’échine plus à égaler le père en écrivant un roman minable. Il répond à l’offre d’une chaîne nationale.

                                                                            THE WEATHER MAN (2004) THE WEATHER MAN - Photos Ciné Premiere.fr


    D’autres piliers estimables sont rapidement repérés au cours d’un premier tour de table sur les points forts et les fragilités de David. Mr Météo a une très mauvaise image de lui-même, il sous-estime ses capacités, il n’ a aucune confiance en lui. Nous sommes ce que nous croyons être. Mais nous connaissons-nous vraiment ?


    L’énoncé de points forts et de fragilités par les deux participants en face-à face révèle une difficulté à nommer ses qualités et une facilité à pointer ses «faiblesses». Cette pudeur à admettre sa valeur reflète les croyances que nous avons sur nous, héritées de la famille et de la société (Carte narrative de déconstruction du contexte social).


    Il s’agit maintenant de déconstruire ces croyances (Carte narrative de déconstruction des discours internes) en détachant de notre club de vie (Carte narrative du regroupement) les personnes influentes, en distinguant celles qui nous stimulent et celles qui nous inhibent.


    Comment ces personnes nous voient-elles et que leur apportons-nous ? Les personnes élues émanent essentiellement du cercle familial et conjugal, avec chez chacun, un père imposant, même castrateur. Et aussi d’autres parents qui ne me « cantonnent pas à un rôle. Je suis telle que je suis. Ils m’encouragent et me jugent pas.»


    Ensuite, il et elle, elle et lui se sont dit ce qui les inspirait, les épanouissait au quotidien ainsi que leurs projets. (Carte narrative du témoin extérieur). La parole se fluidifie au fil de la journée. Les récits croisés, les questions du thérapeute narratif curieux ont fait émerger l’après-midi les points forts réduits à la portion congrue le matin. (Carte narrative des intentions et des valeurs)


    J’exprime mon étonnement : que s’est-il passé ce matin pour que les fragilités prennent le dessus ?


    Réponse immédiate et commune ; « c’est à cause du film, de l’attitude écrasante du père de David. Elle nous a ramenés à notre histoire et a inhibé notre faculté d’afficher nos qualités. » La figure du père dominateur a joué les invités surprise.

      L'occasion est belle de souligner l’importance d’exister dans le regard de l’autre, de jauger le poids de la reconnaissance. Un manque de considération dans l’enfance ou à l’adolescence demeure enfoui et ne demande qu’à ressortir dès que l’adulte revit une situation similaire à la dévalorisation initiale.


    Le père de David a réveillé de vieux démons intérieurs, identifiés et soumis à un commencement de démystification amené par les éclairages multiples des histoires de vie énoncées durant la journée.

     

    Serge Mori et Georges Rouan - Les thérapies narratives.                                             
    Épaissir les histoires alternatives, amincir l’histoire dominante saturée, c’est une des visées majeures des thérapies narratives dont le participant masculin reconnaît l'apport dans l’éclaircissement des lézardes de l’estime de soi. En fin de journée, le même se souvient d’un moment d’exception (Carte narrative de l’exception) vécu avec son père, après avoir revu trois séquences du film.

    Il y a notamment celle, très émouvante, où David pleure devant son père et celui-ci, touché, lâche sa carapace d’homme froid et rationnel et reconnaît les mérites de son fils. L’émotion a fissuré l’image du père inaccessible. Montrer ses émotions, dire ses besoins, affirmer ses opinions renforce l’estime de soi en affirmant sa personnalité, en résistant aux discours familiaux et sociétaux réducteurs de singularité.

    L'atelier se termine sur l’écriture ou la réécriture d’une séquence de vie au départ des mots, phrases, personnes, lieux, notés à la volée en revoyant ces trois séquences personnifiant respectivement


    - la déconstruction des croyances,
    - la connaissance de soi
    - l’impact de la reconnaissance issue d’une émotion partagée.


    Oui, dit-elle, en guise de conclusion «le cinéma est thérapeutique, parce qu’on se soigne. Je suis fatiguée mais je retiens qu’il est bon de s’aimer tel qu’on est en sachant que ce n’est pas figé. Je serai attentive aux faiblesses induites par de fausses croyances.»


    Bravo à tous les deux.


    Prochain atelier le 14 novembre        Le deuil

                                                                           http://lamortfaitpartiedelavie.com/wp-content/uploads/2014/01/rabbit-hole-film.jpg     


  • Commentaires

    1
    madsolmich
    Mardi 10 Novembre 2015 à 10:58

    Enfin, je réussis à me raccrocher à ton train de la narration. Bravo à toi. Tu es vraiment dans ton élément dans cet atelier, à 2 ou à 8. Tu nous montres une application intéressante des Thérapies Narratives, cela semble couler de source. Tu en es un excellent porte-drapeau !

    Mad

      • Mardi 10 Novembre 2015 à 16:33

        Allez, promo 2015, sortez les drapeaux.

        En tout cas, rendez vous à Nantes en juin prochain.

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