• La nature du Soi

     

    Rien de tel que de vivre en ermite sur les rives du lac Baïkal pour  se découvrir une vie intérieure. Teddy s’isole dans une cabane en plein hiver sibérien. Il veut connaître ce qu’il ne connaît pas : le froid, l’espace, le silence. Il cherche l’émerveillement, le plaisir, la simplicité. Ce chef de projet multimédia,  étourdi par une vie trépidante, aspire au calme et à la paix. La vie l’étouffait, il lampe  à grande goulées l’air glacial, irisé d’un soleil généreux. Il n’a pour seul écho que les battements de son cœur.

                                                                                 Dans les forêts de Sibérie Le temps devient palpable, s’écoule au rythme immuable de la nature, entre tempêtes de neige et arpentage d’une contrée majestueuse. Lecture, vodka, patinage sur le Baïkal vitrifié par le vent, libèrent l’esprit embrumé de Teddy, résolu à rester le temps nécessaire à la découverte de son soi.

    Explorer le plus profond de nous –mêmes permet de savoir qui nous sommes vraiment au regard du monde extérieur. L’exercice d’introspection s’avère complexe dans une société assourdissante livrée au diktat de l’immédiateté. Kenneth J. Gergen distingue un soi postmoderne, un soi changeant qui s’adapte au contexte relationnel et technologique. « Les individus paraissent faits d’une seule pièce, mais c’est une autre personnalité qui émerge – au détour d’une opinion, d’une idée, d’un centre d’intérêt, d’une activité privée.» (Le soi saturé, Le Germe) Le sociologue américain observe un phénomène de multiphrénie, un nouveau modèle de conscience de soi, issu d’une nouvelle constellation de sensations et de sensibilités surgie dans le méli-mélo de la vie contemporaine.

    Si je résume, l’essence de l’être cède au peuplement de soi, au gré des personnalités diverses que nous endossons dans une vie multipolaire. Teddy fuit ce soi changeant, il essaie de recoller les fragments écartelés de son identité véritable. Il trouve sa place au milieu de nulle part.  Saffy Nebbou transpose librement le livre de Sylvain Tesson. Il ajoute une présence humaine  au récit initial publié en 2011. Aleksei incarne l’altérité indispensable à la constitution de l’identité. L’Autre nous révèle à nous-mêmes, nous sort de l’individualisme et tempère notre égoïsme.

        

    Dans les forêts de Sibérie  ramène à l’essentiel, au contact intime avec la nature, à cette part instinctuelle enfouie sous le confort et la technologie. L’identité réside notamment dans le centrage sur soi, focalisé sur un agir conforme à nos valeurs et nos intentions.

    Actualité oblige, les athlètes olympiques amateurs (il y en quelques uns) offrent un bel exemple de détermination, comme l’équipe belge de hockey, reconstruite depuis dix ans. Les joueurs ont pris une année de congé sans solde pour préparer les JO ; ils ont battu les champions du monde cette nuit, après deux victoires écrasantes.

    Il nous appartient de fixer librement nos objectifs prioritaires, de vivre conformément à nos idéaux. La cohérence d’esprit équilibre le corps et cimente un soi solide. Tenir fermement le cap, au sein d’une époque tumultueuse, en perte de repères, politiques, sociaux et religieux.   

    Pour ma part, je retourne au soi du moment, le désherbage manuel du chemin d’accès à notre maison. Un travail de patience propice à la réflexion et source de satisfaction, quand je  contemple une allée nette, vierge d’herbicide. Vive l’éco-logis.

    J’aurai le temps de méditer sur cette nouvelle incroyable entendue juste avant de prendre mes outils : les plongeurs olympiques ont dû piquer du nez dans l’eau devenue  verte d’une piscine polluée par les algues. Heureusement, «c’est sans danger.» C’est bien sûr ça ?                                                

     

                                                  


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