• La justice en balance

     

     

     

     

    The Third Murder : Affiche

                                                           Je suis toujours à l’affût de polars innovants. Je suis plusieurs réalisateurs asiatiques. Hirokazu Kore-eda est japonais. J’ai vu de lui I wish, Tel père, tel fils, Notre petite sœur et Après la tempête, autant de films qui déplient les relations familiales, ancrées ou désagrégées. J’étais donc très intrigué par le changement de registre de ce réalisateur élégant, habile à sonder les tourments de l’être. La famille est bien présente aussi dans The Third Murder (11 avril) mais elle cède le pas à un imbroglio juridico-existentiel qui tend les fils d’un vertigineux Cluedo.

                                          The Third Murder : Photo

    L’avocat Shigemori est appelé en renfort de la défense d’un client qui change de version comme de chemise. Misumi risque la peine de mort. Il a tué et volé son ex-patron ( première séquence du film). Il a déjà purgé trente ans de prison sanctionnant un double meurtre. Le juge de l’époque (le père de l’avocat) a sauvé la tête de Misumi en lui octroyant des circonstances atténuantes dues à une enfance difficile et à une condition précaire. Misumi a avoué son crime. Cette fois, la peine de mort semble inévitable. L’ancien juge et son fils, chargé de défendre l’indéfendable (l’accusé a incendié le corps de sa victime) discutent du cas. Le père regrette son jugement.

    - Ma clémence a causé la perte d’une nouvelle vie.

    - La vie est attribuée arbitrairement aux gens, réplique le fils. Le destin change selon que l’on naît riche ou pauvre.     

    Shigemori junior est considéré comme un avocat qui ne confronte pas ses clients à leurs fautes. Cette fois, il secoue Misumi, il veut connaître la vérité, ne serait-ce que pour définir sa stratégie de défense.

    - Il ne s’agit pas de stratégie, hurle Misumi, il s’agit de savoir si vous me croyez ou pas.

                                           

    Question épineuse après la nième version de Misumi, qui cette fois nie son forfait.  Serait-ce pour protéger la fille de la victime ? Cette possibilité séduit Shigemori, attelé à atténuer le chef d’accusation mortel. Misumi paraît résigné à finir sa vie sous les verrous, voire à mourir. En prison, il n’est pas obligé de mentir, dit-il. Il voudrait une fois peser sur sa vie, lui qui n’a pas voulu naître, étant, avoue-t-il, le mal incarné, à la stupeur de Shigemori.

    Ce dissimulateur professionnel glisse comme une anguille entre les dossiers de ses défenseurs. Il donne le tournis au spectateur, perdu avec l’avocat dans les méandres tortueux de la recherche de la vérité. Shigemori enquête, croit tenir la clé de l’énigme, puis déchante.

    -Tout le monde ment ici (au palais de justice), dit la fille de la victime, appelée à témoigner. Qui décide de qui est jugé ?

     

                                                 

    Encore une question sans réponse. Notre sagacité est poussée à bout. D’ailleurs, faut-il vraiment chercher à savoir ? Hirokazu Kore-eda déploie un dilemme infernal, entre loyauté de l’avocat à l’égard de son client et réalité des faits. Il joue des reflets sur la vitre qui sépare le détenu de son avocat. Les visages face à face dans le même plan. Les deux hommes, les yeux dans les yeux, sont tour à tour reflet et netteté.

    Le cinéaste nippon réussit sa reconversion, même si le propos traîne un peu en longueur. Fidèle à son thème de prédilection, il émaille le récit judiciaire de quelques péripéties familiales. Une fille rebelle teste son père; une mère manipule sa fille; un fils prend ses marques vis-à-vis de son géniteur. La famille éclatée est source de soucis.Un signe de l'évolution des traditions familiales au Japon.

     

     

     

     

     


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