• La guerre partout

     

     http://www.lescinemasaixois.com/films/affiche/affiche_11237.jpg?ts=1454825171  J’ai donné priorité à Krigen (1er juin) qui pourrait avoir quitté les écrans à mon retour de vacances.  Money Monster attendra.

    De longues et mornes patrouilles dans le fin fond de l’Afghanistan mettent les nerfs d’une compagnie de soldats danois à rude épreuve. Il ne se passe jamais rien. Et subitement un homme tombe, déchiqueté par une mine anti-personnelle. La révolte gronde.

    - Dites-moi, commandant, pourquoi sommes-nous ici, ça n’a pas de sens.

    - Notre mission est d’aider et de protéger la population. Nous devons nous montrer pour gagner leur confiance.

    Ce soir-là, Michael rate le rendez-vous téléphonique avec sa femme et ses trois enfants. Maria élève seule une progéniture perturbée par l’absence d’un papa. Elle s‘efforce de garder le sourire, elle sait que Michael revient dans trois mois. Il faut tenir.

    Tenir aussi là-bas, remonter le moral des troupes. Le commandant accompagne les patrouilles (recommandé à petites doses).

    Michael paye de sa personne et perd du recul. La mort d’un des ses hommes l’affecte plus qu’il ne le montre. Le stress augmente d’autant que ses deux fils ruent dans les brancards au pays. Les pensées tournent en boucle dans la tête de Michael. La fatigue nerveuse l’amène à prendre une décision lourde de conséquences, pris en tenaille dans une violente attaque ennemie.

    Michael passe en cour martiale. Il risque quatre ans de prison. Maria lui dit de mentir sur le déroulement des combats, lui demande de penser à sa famille, à ses trois enfants, de plus en plus agités et tristes. Ils ne supporteraient pas d’être à nouveau séparés de leur père.

                                   

    Cruel dilemme. La guerre lointaine s’invite dans la vie civile, elle  secoue le noyau familial. La société juge froidement une réalité inimaginable. La procureur est implacable, son langage corporel traduit une franche réprobation à l’égard de ce militaire qui se croit apparemment  au-dessus des lois.

    Le spectateur est enclin à la nuance. Il a partagé  le quotidien des soldats, non des machines de guerre, mais des êtres humains avec leurs failles et leurs faiblesses. De vrais militaires danois ayant  servi en Afghanistan crédibilisent la représentation d’une guerre impalpable depuis l’Europe. Le montage alterné souligne la détresse de la famille tandis que Michael se ronge les sangs  à montrer l’exemple sur un théâtre d’opérations insaisissable. Une jeune épouse d’officier me disait refuser d’avoir des enfants tant que son

    mari était affecté à des missions périlleuses de longue durée.

    Je pense aussi à l’entourage des policiers, des gardiens de prison, réceptacle des tensions inhérentes à un métier ingrat exercé sur de longues amplitudes, découlant de la menace terroriste, des actions sociales sauvages, des sommets européens et bientôt de l’Euro de football. Un policier français père de famille de quarante-trois confiait son inquiétude à un journaliste : les périodes de repos sont de plus en plus restreintes et les week-ends en famille sont devenus l’exception. La fatigue s’accumule depuis un an et demi. Ça devient problématique.

    En état de fatigue avancé et de sur-stress,  le professionnel perd en lucidité confronté  à l’inattendu. Krigen pose des questions morales et éthiques en alignant les événements sans parti-pris. Tobias Lindholm donne matière à réflexion et à discussion, du cinéma comme je l’aime.


  • Commentaires

    1
    madmich
    Jeudi 16 Juin 2016 à 21:39

    Nous ne sommes pas loin de la réalité avec l'assassinat de ce couple de policiers dans les Yvelines.

    2
    Dimanche 26 Juin 2016 à 18:33

    Lire sur le sujet la dernière livraison de Le 1 à propos des pathologies terroristes.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :