• La difficulté d'être soi

     

     

    Ma façon de regarder un film change. Je me concentre davantage sur l'image, moins sur les dialogues. Martin Eden fourmille de tirades politiques et existentielles mais c'est la forme qui a focalisé mon attention.Des images d'archives s'intègrent naturellement dans le cours d'un récit portant sur la première moitié du vingtième siècle.Le travail de montage est impressionnant et impressionniste. Les images du passé ont splendides dans le plus pur néo-réalisme.

    Martin Eden : Affiche

                                                    La trajectoire de Martin Eden croise la culture de masse, la lutte des classes, l'individualisme forcené et la quête identitaire.La seule identité que Martin assume, c'est celle d'écrivain.La vocation lui vient d'une rencontre avec une jeune fille de la grande bourgeoisie. La belle étudiante décèle un potentiel dans ce matériau brut issu du peuple de Naples. Le marin reste à quai; il se rue sur tout ce qui écrit, ingurgite tout ce qui est pensé, avec un penchant pour le socialisme naissant.Il rêve de devenir un bourgeois, de parler et de penser comme eux.

                                            Martin Eden : Photo Jessica Cressy, Luca Marinelli

    Librement inspirée du roman de Jack London paru en 1909,sa transposition au cinéma éblouit jusqu'au désespoir de l'écrivain consacré, bien conscient de trahir son milieu d'origine en se parant des lauriers d'une gloire factice. Certes, il appartient désormais à la caste des nantis qu'il n'a cessé de vilipender, mais sa liberté d'expression poussée à l'extrême le fait dériver vers des rives solitaires. Né quelque part, Martin n'est plus nulle part. Il erre comme une âme en peine, incapable de s'aimer un tant soit peu et privé de la douceur de sa belle rivée à sa famille..Luca Marinelli a amplement mérité son prix d'interprétation à Venise.Il montre à merveille l'impasse d'un individualisme forcené.

    Le siècle sera violent et confus. Martin Eden est visionnaire. Le cinéma italien est en regain de forme. Pietro Marcello, un auteur à suivre. Sa patte donne à voir plus qu'à comprendre. Ressentir et chasser le mental.

                              Martin Eden : Photo Carlo Cecchi, Luca Marinelli

    À suivre... avec le dernier Costa-Gavras, prévu ce soir et puis J'accuse de Polanski. Les papys font de la résistance, en y ajoutant Ken Loach, Le cinéma engagé (Martin Eden l'est aussi) reprend du poil de la bête.  


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