• La beurette et le mandarin

     

     

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    J’ai fait connaissance avec les trente-huit stratagèmes de Schopenhauer en savourant Le brio (22 novembre). Peu importe que vos dires soient vrais ou faux, l’important c’est d’avoir raison, même à mentir comme un arracheur de dents.

    Neïla Salah roule des yeux étonnés quand son professeur de lettres lui lance ce diktat péremptoire à la figure.  Elle ne sait trop à quoi s’en tenir avec ce mandarin de l’université d’Assas. Est-il réellement raciste ou manie-t-il la provocation afin de déstabiliser son interlocuteur et le pousser à changer de point de vue, d’attitude ou de vêtements.

    - Quittez donc cet accoutrement de banlieusarde informe. Non mais, vous croyez quoi, qu’on n’est pas jugé sur son apparence ?

                                                        Le Brio : Photo Camélia Jordana

    Pierre Mazard balance des propos  acides enrobés de rhétorique. Il est passible du conseil de discipline après un accrochage public avec Neïla arrivée cinq minutes en retard dans un amphithéâtre bondé. La joute entre l’étudiante et le maître se répand sur trois pages de réseaux sociaux. Un étudiant dépose plainte, en application de la loi contre le racisme. Mazard est contraint d’accepter de cornaquer Leïla en vue d’un prestigieux concours d’éloquence.

    Ces deux êtres que tout oppose –génération, milieu social, culture – devront lâcher leurs préjugés réciproques s’ils veulent s’entendre. La confrontation des tempéraments et des arguments engendre des situations cocasses et des doutes sur la place assignée à chacun.

    Mounir ne reconnaît plus sa super Française qui corrige les fautes d’orthographes dans les messages de son amoureux, qui est sapée comme un mannequin. Neïla change de peau, de voix, d'univers, au prix de défis insensés, tels déclamer Cicéron dans une rame de métro.

    « Soyez fier de ce que vous êtes, je veux que votre voix résonne. » Le Brio : Photo Daniel Auteuil

    Leïla articule son nouvel horizon à force de travail et d’audace. Elle apprend à relever la tête, à redresser le torse, à réfréner ses émotions primaires.  Le mandarin lézarde sa cuirasse cynique, la beurette apprivoise les codes d’un monde a priori hostile « aux gens de sa race ». Yvan Attal dispense une belle leçon de tolérance, un brin idyllique certes, mais tellement revigorante. Ses parents sont issus de la communauté des Juifs d'Algérie séfarades, français de nationalité. Lui-même est né à Tel-Aviv, il est forcément habile à déjouer les clichés, remparts habituels contre l’ouverture à la différence.

    Le brio valorise également la puissance évocatrice des mots, nous initie à l’art subtil de l’éloquence, où l’on jure de dire toute la vérité, rien que la vérité, même quand on ment. La parole circule libre et fluide, toujours porteuse d’un souffle émancipateur. Il faut se méfier aussi des mots, car si on les aime trop, on ne sait plus dire les choses simplement.

                                         Le Brio : Photo Camélia Jordana, Daniel Auteuil

    En grand amoureux des beaux et bons mots, à tout le moins, de la précision sémantique, j’applaudis la remise à l’honneur de la parole noyée dans les écrans silencieux.

    « La parole est cet instrument précieux qui nous relie aux autres ; elle est au cœur de toutes les relations sociales ; en ce sens elle est fondatrice de la condition humaine. (Le silence et la parole, Phlilippe Breton et David Le Breton, Ed. érès, Arcanes).

     

                 Oser prendre la parole, c’est risquer l’émancipation à l’égard d’une société aliénante.

     


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