• L'humeur liquide de l'étoile bipolaire

     

     

                    « Avant trente ans, je ne savais pas qui j’étais, c'était l'horreur. »

                      Profili Caterina | LinkedIn Jusque là, Caterina a vécu une vie rock’n roll, cocktail corsé de sexe, drogue et alcool. 

                      La mer s’agite en elle, elle cherche son identité. Au terme d’une folle nuit, sa tête s’emplit de symphonies dirigées par un Toscanini enragé. Voix et musique l’accompagnent durant dix ans. Cette fois, le diagnostic est posé : trouble bipolaire, aussi dénommé trouble maniaco-dépressif, c’est-à-dire alternance d’humeur dépressive et d’énergie maniaque. Les fluctuations d’humeur sont extrêmes, imprévisibles et de durée variable. Joie et souffrance. Calme et agitation.


    Caterina  Profili raconte sa maladie à la première personne dans un film réalisé par ses soins. « Accepter la maladie et en parler aide un peu.» Ses deux amies et elle,« filles de l’excès » évoquent dans Étoile bipolaire
    * le sentiment de toute puissance et la fulgurance des périodes maniaques : « on vit mille choses à la fois à 1000km/h »
    * l’insomnie : « j’ai tellement la trouille de la vie normale que je dors le jour. Personne ne doit me voir comme ça»
    * le suicide : « Je ne veux pas mourir, j’en ai juste marre de vivre ainsi. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de vivre. »

    Aucun apitoiement. Ces drôles de dames manient l’auto-ironie, l’humour léger, elles posent un regard lucide sur leur vie si éprouvante et si créative. Elles portent leurs nuits blanches en chansons et les interprètent en public. Caterina injecte un zeste de fiction pour reconstituer la réalité. Cette fantaisie ouvre un angle neuf sur la maladie. Assembler un film rétablit une continuité absente du quotidien de la personne bipolaire.


    Rodolphe a choisi de filmer son épouse Laurence, bipolaire comme lui. Laurence parle d’elle et de la force du couple.

                    « Avec attention et amour, la bipolarité est jouable.» Ils se comprennent, pas besoin d’expliquer.

                                                           Prochaines projections de  Humeur liquide  http://www.eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2014/05/rodolphe-viemont.jpg

    Rodolphe interroge aussi médecins et thérapeutes sur la maladie, sur les risques de transmission du trouble. Le couple sonde son désir d’enfant, il définit une stratégie pour atténuer la virulence de cette affection, liquide qui coule d’une rive à l’autre, tantôt doux tantôt violent. Laurence et Rodolphe ont adopté quatre devises.


    Unir ses forces
    Accepter la maladie
    Contourner l’ennemi
    Ne pas nourrir la maladie.


    L’amour est un antidote puissant. « Plus il y a d’amour, plus la maladie s’éloigne tout doucement. » L’amour, la présence, l’écoute et les mots de Rodolphe soutiennent Laurence quand elle "descend jusqu’elle ne sait où". Et lorsque Rodolphe souffre à son tour, « te voir mal, ça me rend folle ».

                                                           « Heureusement, on n’est pas que la maladie. »

    Cette affirmation de Laurence  colle parfaitement aux thérapies narratives qui dissocient la personne et le problème. Celui-ci est externalisé, identifié, nommé ; son mode opératoire est examiné sous toutes les coutures (quand ? comment ? contexte familial, social ? quels effets sur la personne, sur l’entourage ? quelle évaluation du problème, quelles valeurs personnelles occultées ou mises en œuvre…)

    Le narrapeute soigne d'abord des histoires. Il aide son interlocuteur à parler de ce qui va bien, à se souvenir de ses histoires préférées, qui ont bien tourné. Comme le problème, l’exception est nommée et disséquée. L’identité profonde de la personne est remise à jour. Ces conversations thérapeutiques s’emploient à restaurer une continuité de sens de soi-même en reliant des expériences de vie dans un récit heureux après avoir stimulé des ressources personnelles cachées dans une histoire de soi fermée et figée. Cette version alternative suppose la déconstruction des croyances, pensées, préjugés, nourris par l'entourage et la société, renforcés par une image de soi tronquée.


    En réécrivant son histoire, la personne recontacte de  la conscience et de la responsabilité. Elle se dépouille de la honte d'être  bipolaire, de la culpabilité d’être différent. Elle ose réaliser ses aspirations, ses intentions, ses rêves.

    Laurence et Rodolphe croient à la force de leur couple et décident d’avoir un enfant malgré la statistique chiffrant à 30% le risque de transmission de la pathologie. En décidant de mettre un enfant au monde, le couple dévie le cours de sa bipolarité.

                                                 Le  public des Rencontres Images mentales

                                           venu écouter Rodolphe Viémont parler hier de son film,      

                        a chaleureusement applaudi la naissance de la petite fille il y a moins d’un mois.


    Merci à Caterina, Laurence et Rodolphe de livrer votre intimité sans fard au bénéfice d’un regard      dynamique sur un trouble mental déconcertant.
                                                                              Je laisse le mot des beaux débuts à Rodolphe :

                                                                             Vivre libre, c’est vivre sans la peur !


  • Commentaires

    1
    madmich
    Samedi 27 Février 2016 à 21:34

    Je suis tout à fait de ton avis. On n'est jamais la personnification de sa maladie, pas plus qu'on est blond, brun ou roux, uniquement. L'humain est à multi-facettes et même la maladie en fait partie, mais ne le qualifie pas.

    J'attends avec curiosité ta prochaine séance de cinéthérapie ainsi que ta chronique sur la rencontre de Nantes.

      • Samedi 27 Février 2016 à 23:02

        L' article à propos du bel atelier d'aujourd'hui est prévu mardi. Quant à la chronique de Nantes, je ne vois pas ce que tu veux dire. Au mois de juin ? 

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