• L'eau et le feu

    J’ai acheté Jindabyne, Australie, pour Gabriel Byrne et les Aborigènes. Jindabyne, Australie                                                                                                                                                                    Je ne connaissais pas ce  film présenté à Cannes en 2006

     

    Le cinéma australien est relativement méconnu sous nos latitudes. J’aime beaucoup le Peter Weir des débuts et ce pays mystérieux qui m’attire passivement. J’ai eu mon lot de paysages amples, à la fois arides et verdoyants, hostiles et rieurs. J’ai aussi prisé une bonne dose de psychologie humaine.

    En 1964, Jindabyne, petit patelin des Nouvelles Galles du sud a été repoussé sur les hauteurs pour laisser place à un lac créé par un barrage construit dans la vallée. Dans un documentaire montré à l'école primaire, des vieux natifs racontent leur tristesse de quitter les lieux puis leur bonheur d’une nouvelle vie plus confortable. 

                                                              

    Les anciens ont su lâcher le passé.  Le message est adressé à la génération montante. La génération intermédiaire renâcle, elle vit à petit feu. Claire et Stewart sont malheureux. La parole est morte chez Carl et Jude après la perte de leur enfant. Les deux couples sont amis. Chacun a abandonné une part de lui-même au chagrin et au renoncement. Leurs petits essaient d’apprivoiser les esprits du lac qui planent sur le village englouti.

     

    Stewart  Jindabyne, Australie : photo Ray Lawrence    ne pardonne pas à Claire    Jindabyne, Australie : photo Laura Linney, Ray Lawrence

     

    d’avoir déserté le berceau conjugal à la naissance de Tom. Claire a fui 18 mois chez sa sœur. Stewart se morfond dans sa station-service, nostalgique de l’époque où il était pilote de rallye. Il s’inquiète de quelques cheveux blancs naissants. Il fait une teinture. La vie est morne, voire mortelle.

                                  Hopper 1940_Gas

    Du coup, une partie de pêche avec 3 potes dans une nature sauvage prend un relief démesuré. Le week-end commence mal. Stewart découvre le cadavre d‘une jeune aborigène au fil de l’eau. Il hurle avant de tâter le corps rigidifié par la mort. Il arrime la dépouille. Pas question de gâcher l’escapade espérée depuis des lunes. Ces hommes ont besoin de se changer les idées, loin des femmes et de la ville dans ce petit coin perdu d’Eden. La vie d’abord et rien que la vie.

    L’annonce de leur macabre découverte au retour provoque un tollé dans leurs familles et au sein de la communauté aborigène. Rancoeurs et blessures refont surface, le racisme resurgit. Les eaux du lac propagent  la colère des esprits. L’atmosphère est pesante, elle écrase les êtres et leur identité malmenée par le transfert du village.

    Ces douleurs morales sont exprimées à l'économie. Les gens parlent  à reculons. Claire, assoiffée de rédemption, tente de rapprocher les communautés et de sauver son couple. Ray Lawrence recourt à la technique du fondu au noir. La dilution de l’image suivie d’une seconde de noir, atténue la tension  et régénère  la perspective d’un nouveau possible, modelée séquence après séquence.

                                                        

    Jindabyne est un film  «habité», tourné sur place, en lumière naturelle. Le réalisateur connaît parfaitement l’endroit pour y avoir taquiné le saumon. Les acteurs jouent sans fard, imprégnés de l’écrasante majesté du paysage. Le film est tiré d’une nouvelle de Raymond Carver  intitulée : « Tant d’eau si près de la maison.»

     

    L’eau des larmes, l’eau de la purification, l’eau vive. Les Anciens savent que le beau temps succède à la pluie. Que la mort fait partie de la vie. Qu’il est illusoire d’éluder notre finitude. Moi, qui parlait d’envie de légèreté, me voici rattrapé par la gravité, qui nous pousse tantôt à rire, tantôt à pleurer. Après avoir visité Jindabyne,  nulle tristesse, juste un grand silence, comme une eau dormante.  


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