• Joyeuse passion

     

     

     

    Elle y va franco, Christine Masson, animatrice de l’émission cinéma On aura tout vu sur France Inter. La deuxième fois qu’elle rencontre Robert De Niro, la journaliste demande de se taire pendant une minute à l’acteur qui n’aime pas trop donner des interviews.

    « Vous faites ce que vous voulez devant la caméra mais vous ne parlez pas. »  De Niro accepte sur le champ. Il improvise une petite fiction durant soixante secondes, chrono en mains.

    Toujours à Venise, Christine demande à Mohsen Mokhmalbaf de répondre à ses questions les yeux fermés. Le réalisateur iranien comprend immédiatement où elle veut en venir. Il gardera les yeux clos une vingtaine de minutes. A la fin, il dit ne plus avoir très envie de les rouvrir. Son film, Le silence, raconte l’histoire d’un garçon de dix ans, aveugle, vivant seul avec sa mère dans un village retiré.

    Christine Masson, a croisé sa vocation de journaliste au coin d’une rue de Paris, en 1980. Christine lit du Romain Gary en marchant boulevard Saint-Germain. L’écrivain avait un point commun avec son père, ils étaient tous deux « compagnons » du général de Gaulle. La jeune fille désespère d’apercevoir le grand Gide à une des réunions commémoratives. Et voici, que levant les yeux de Chien Blanc, Romain Gary était devant elle. Elle a croisé ses yeux bleu acier pendant une seconde, furtive et éternelle. Elle n’a pu dire aucun mot. Elle l’a regardé s’éloigner et elle ne l’a pas rattrapé. L’occasion ne se représentera plus. Gary se suicide quelques semaines après.

                                                                  Romain Gary : la permanence

    « Aujourd’hui, quand je regarde ces trente années d’entretiens, de rencontres, je pense qu’elles n’avaient qu’un seul but, réparer ce rendez-vous manqué

    Cette anecdote résonne avec mon histoire, relatée dans Le cinéma, une douce thérapie. Je garde le souvenir indélébile d’un moment de fusion avec mes parents, le regard tourné vers le grand écran d’un drive in en 1958, en Californie. Ma fréquentation assidue des salles obscures tient  probablement à l’envie de revivre ce moment d’intense émotion, vécu avec mes parents.

    Aller au cinéma ou faire l’amour est des trois livres sur l’envers des stars, celui qui m’a le plus enchanté. L’auteur livre ses coups de cœur avec les trémolos d’une midinette érudite. Elle écrit une lettre imaginaire à Bette Davis. Elle déplie ses rêveries à la sortie d’un film émouvant. Elle met Wim Wenders en scène. Elle demande au réalisateur de L’ami américain à l’époque, de marcher sur l’horloge projetée sur le sol de l’entrée du palais de la Découverte en racontant son film. Parfois, Christine confond les heures de rendez-vous et arrive in extremis sur le canapé de Tilda Swinton. La sorcière blanche de Narnia dissipe la gêne de Christine en lui proposant de s’asseoir à côté d’elle :

                                            Seat ! Seat ! Seat ! Tea or coffee ?  Why Tilda Swinton’s Favorite Serum Is Worth Spending $260 on ...

    Christine Masson est une indécrottable romantique. Elle inscrit des répliques marquantes sur sa main sous le feu de la projection. Ces répliques sont « associées à des images aussi prégnantes que mes souvenirs… et dans ces images, des gestes qui vous font chavirer. On ne les voit pas dans la vraie vie, pourtant, ils existent ! C’est drôle de savoir regarder un film et d’être incapable de décrypter avec autant de précision les signes que la vie vous envoie. »

                                                                 cinema_02

    L’ouvrage cartonné est illustré de gravures rendant le climat de la rencontre. Yann Legendre dessine en rouge, noir, blanc et gris, tel un esprit qui aurait capté la magie de rencontres condensées, jamais anodines. Un régal pour les yeux, l’esprit et une pierre soyeuse à la petite histoire du cinéma.

     


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