• Je pense, donc je m'ennuie

     

    Je suis toujours énervé quand je perds mon temps au cinéma. Surtout quand j’ai cru la critique qui salue un bon petit film noir,

    inspiré d’un roman noir américain, adapté, scénarisé et dialogué par Michel Blanc.Un Petit boulot : Photo Michel Blanc

    Le lancement était prometteur, en tout cas insolite et j'ai donc foncé voir Un petit boulot (sorti le 31août), les occasions de bien rire, même jaune, sont tellement rares. Michel Blanc perpétue la mémoire du réalisateur décédé au lendemain du montage. L‘acteur surtout comique explique ses intentions de scénariste, bien relayées par Pascal Chaumeil derrière la caméra.

    S’il avait mis en scène personnellement, dit Michel Blanc, il aurait eu tendance à trop développer le versant social du livre de Iain Levison. Il voulait que la comédie garde le dessus sur la dénonciation du libéralisme prédateur d’emplois. La reconversion d’un chômeur longue durée en tueur en gages, trucidant  honnêtement, était aguichante sur papier. A l’écran, c’est un ratage, faute de rythme et de rebondissements. Je l’ai senti dès les dix premières minutes. Garder l’équilibre entre comédie et drame n’est finalement pas une véritable intention de réalisation. Je me suis demandé quelle était la motivation du metteur en scène.

                                                           

    J’ai donc accompli un exercice cognitif cher à Alessandro Pignocchi. «L’appréciation des propriétés d’un film s’organise toujours autour des états mentaux que nous prêtons au réalisateur... Regarder un film est donc une activité apparentée à l’observation des comportements d’une personne où à la compréhension de ce qu’elle nous dit : nous reconstruisons des motivations, des émotions, des intuitions, des traits de personnalité derrière la manifestation perceptible de leur résultat..." (Pourquoi aime-t-on un film, Odile Jacob, 2015)

    Si nous connaissons les marottes du cinéaste, nous lui prêtons facilement des intentions décalques de ses obsessions. L’approche cognitive explicative de nos goûts cinématographiques me rebute. Je l’utilise si je suis dérouté ou indifférent. Avec Toni Erdmann, j’ai longuement sondé la motivation sourde des situations répétitives et j’ai fini par tirer un fil. Rien de semblable avec Un petit boulot au bout de l’ennui. Ces deux films sollicitent peu ou pas la fibre sentimentale. Hors l’émoi, place à la cognition, au raisonnement sur les ressorts  de la création.

    Il y a belle lurette que je n’intellectualise plus à la sortie d’une projection.  Même si un film commence par un processus mental –l’écriture-, ensuite il n’est question que d’alchimie, de relation, d’affinités entre les nombreuses personnes porteuses d’un long-métrage à l’écran. Pour moi, le cinéma, c’est d’abord une vibration, à l’unisson du génie collectif qui orchestre l’avènement d’une histoire  vivante. Je piaffe à l’idée de connaître Le fils de Jean.

     

     


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