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    Il suffit de 227 «Like» sur votre compte Facebook pour que l'algorithme établisse votre profil ( voir aussi L'homme nu, Pocket 16088). Entendu à la radio ce matin. L’émission continue. En Grande-Bretagne, de nombreux couples divorcent à cause de l’exposition éhontée de leur intimité sur le mur social. Les partenaires se reprochent de trahir ce qui constitue l’essence d’une relation conjugale, à savoir ces petits secrets que l’on ne partage avec personne.

    Invité pour parler de mon dernier ouvrage dans l’émission La fièvre du samedi soir, la conversation dévie sur la place des réseaux sociaux dans la vie quotidienne. Le terrain est miné. Comment aborder un sujet aussi vaste en un minimum de temps?  J’esquisse une explication. Les réseaux permettent de tester plusieurs personnalités, de montrer différentes facettes de soi-même, de sonder la popularité de chacune d’elles et de moduler ainsi son identité.

    - Notre identité est donc mobile ?

    - Nous en avons en effet plusieurs, selon les circonstances et les personnes rencontrées. Notre personnalité fluctue, évolue. Le cinéma est l’art du mouvement. Regarder un film mobilise l’être tout entier ; si nous avons le bonheur d’évoquer ce qui nous a émus après la projection, avec des personnes que l’on aime ou de hasard, nous éclairons une part méconnue de notre personnalité. Je trouve cela formidable, à l’époque de l’instantanéité, de voir une salle de cinéma comble, où une multitude vit deux heures dans le noir avec de parfaits  inconnus. J’ai souvent envie de prolonger cette communion par un temps d’échange sur nos émois respectifs. Voilà ce qui m’anime en diable.

     

                                                 

    Je rejoins le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, lorsqu’il affirme que le véritable pouvoir dépend des individus et des liens sociaux qu’ils tissent entre eux. Mais je préfère croiser un regard plutôt que de scruter l’écran des mes «Like» (J'évite en même temps le siphonnage de mes traces et actes numériques vendus au plus offrant. Je refuse d'être un produit).  Il y a peu, j’ai folâtré dans la petite ville mosane d' Yvoir. J’aime humer l’âme d’un lieu, apparemment étranger à l’agitation du monde. Je repère une boulangerie avec une grande table recouverte d’une nappe bariolée. Je m’attable et commande un café à une jeune serveuse, le cou emmitouflé dans une écharpe. Je m’étonne à voix haute des dimensions de la table.

    - C’est un ancien pétrin, répond la jeune fille. Monsieur l’a mis là quand on ne pouvait plus faire le pain dans un pétrin en bois.

    Un homme en tablier de boucher pousse la porte et lance un bonjour joyeux. Il embrasse la serveuse et prélève quelques baguettes sur l’étagère.

    - Entre petits commerçants, on s’entraide. J’achète des baguettes pour mes « Dagobert » à la boucherie.

    Le boucher et la boulangère plaisantent encore un peu sur le pas de la porte.

    - Ici, tout le monde se connaît. C’est comme un petit village. On s’arrange sur les jours de fermeture. Il y a trois boulangeries et on ferme un jour différent, comme ça les gens sont toujours servis.

    J’apprends également que des écoles visitent régulièrement l’atelier et ensuite mangent à la grande  table.

    - Ils ont tous leurs téléphones. Ils ne parlent pas beaucoup. Moi, je suis jeune aussi, mais je trouve que toutes ces techniques, c’est trop.

    Je sors avec le sourire au cœur. Si j’avais eu une caméra… Je ne suis pas au bout de mes surprises. Je découvre un libraire engagé, la vitrine couverte d’articles incitant à consommer moins et mieux. Il a banni les boissons sucrées et propose des jus de fruit naturels, des thés glacés bios. Je rentre tâter l’homme.

    - Vous affichez clairement vos convictions. C’est rare dans le commerce.

    - Il y a urgence, sinon on va tous crever. J’informe à ma façon. Je ne suis pas pour le parti Écolo, ça non. Mais il est temps de réagir, sinon c’est la fin.

    Quelle belle demi-heure passée à vingt minutes de la grande ville, dans un village d’irréductibles amoureux du lien social et de la vie tranquille.

    Hostiles : Affiche La journée se termine au cinéma. Je rattrape Hostiles,(28 mars)un western grandiose,

    superbe et émouvant sur la réconciliation du peau-rouge et de l’homme blanc. Scott Cooper prend le temps de déployer l’imperceptible processus de rapprochement entre un soldat et un chef indien rivés à une haine réciproque. La violence mécanique cède à la prise de conscience des atrocités commises à l’égard des indiens natifs. Une veuve et mère de trois enfants tués par de méchants peaux-rouges (il y en a) ouvre la voie vers l’apaisement des esprits. C’était en 1892, dans les plaines montagneuses du Montana, là où la diligence a cessé de passer, parce que ce n’était pas rentable. Reste le train de marchandises, tous les six mois, pour regagner des contrées plus hospitalières. Ici, se termine le récit d’une journée singulière, pleine d’un charme inattendu.

     


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