• Indiennes libertaires

     

     

                         Les femmes ont le pouvoir divin, elles tuent le roi des démons.

                                                            La Saison des femmes : Affiche (11 mai en Belgique, 20 avril en France)

    En cette journée d’action de grâce dans un petit village de la région du Gujarat, en Inde profonde, les attractions foraines ont délogé le chapiteau de la dance sexy, exécutée chaque soir par Bilji. Elle boute le feu à un public mâle en délire, exhibe son corps dans une danse lascive puis le vend au plus offrant. Bilji a deux amies au village, Rani et Lajjo, sous la coupe de normes patriarcales d’un âge antédiluvien. Le conseil des anciens se réunit pour statuer sur le cas de Champa qui a quitté le domicile conjugal. Son mari la trompe, son beau-père et son beau-frère la violent. «En te mariant, tu as quitté ta maison, tu ne peux plus y retourner, décrète le chef du village. Apprends à combler ton mari et tu seras tranquille». La mère de Champa accepte la sentence et renvoie sa fille au bagne.

    Le point suivant du conseil des sages concerne l’achat d’une antenne parabolique. « Nous sommes le dernier village  sans télévision», revendique l’aînée des femmes. Elles ont déjà obtenu un GSM, concession majeure de l’oligarchie machiste, lien indispensable avec le mari embauché à la ville lointaine. Rani et Lajjo songent sérieusement à ruer dans les brancards.

                                                           La Saison des femmes : Photo                                                               Elles évoquent leur condition infâme, parlent librement de sexualité, elles qui subissent la furie de leurs chiens en rut de maris. Bilji attise la braise révolutionnaire mais le joug de la tradition tient bon. Ainsi Rani perpétue la coutume du mariage arrangé. Elle case son fils de dix-sept ans bon à rien en payant le prix fort à la famille de la jeune épouse, contrainte de convoler à quatorze ans.

    Leena Yadav dresse le portrait de femmes attachantes, pétries de contradictions, sautant de la tristesse au rire avec une énergie débordante. La cinéaste indienne sacrifie aux séquences  bollywoodiennes tout en prenant d’énormes risques. Elle dénonce une violence conjugale choquante et ose le réconfort d’une sensualité douce et troublante entre des femmes meurtries.

    La saison des femmes n’est toujours pas sorti en Inde, le film doit obtenir le visa de la commission de censure. Ce n’est pas gagné, le cinéma indien bannit la sexualité et plus encore le dévoilement du corps des femmes ; celles-ci ne peuvent même pas regarder un homme dans les yeux, selon les prescrits locaux.

    On peine à croire que ces mœurs archaïques aient encore cours au vingt-et-unième siècle. La réalisatrice nous ouvre les yeux. Elle secoue tellement le cocotier indien qu’aucun producteur n’a voulu financer son approche résolument féministe. Le mari de Leena a produit le film, ce qui a permis un tournage sur mesure, incluant des scènes oniriques et chatoyantes, feux d’artifice multicolores dans une région aride et montagneuse où les femmes cultivent encore le sol à la pioche. Je me souviendrai longtemps de cette virée entre filles à bord d’un tuk-tuk bigarré  à la mode hippie californienne, du vent grisant humé à la fenêtre du bus vers la liberté. Je garderai aussi la honte éprouvée face à la bestialité sexuelle de mâles incultes, rivés à un obscurantisme ahurissant.

                                                    La Saison des femmes : Photo

    La saison des femmes s’inscrit dans la lignée de Mustang, de La source des femmes ou des Femmes du bus 678, films exemplatifs de révoltes contre une société indigne des temps modernes.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :