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                         Un +Une 

                                                                     (en salles le 9 décembre)

    Anna et Antoine sont amoureux alors qu'ils sont déjà amoureux. L'amour est plus fort que l'amour. Pour Lelouch, l'amour de filmer est plus fort encore. L'Inde offre un décor somptueux à l'idylle naissante entre l'épouse d'un ambassadeur uête spirituelle et un compositeur de musique (de films) toujours rigolard. Les contraires s'attirent pour le meilleur ou pour le pire. Je vous dis le meilleur: le film dans le film, la création d'une musique de film, l'envers du cinéma et la direction d'acteurs livrés à quelques improvisations confondantes de naturel. Instants magiques hélas trop rares dans un voyage pauvre en émotions, album luxueux d'une relation périlleuse entre un homme et une femme. Claude est toujours mon ami, avec ses défauts et ses qualités,mais son savoir-faire ne me surprend plus. Je le revois de temps en temps avec plaisir. J'aime bien quand il m'envoie de belles cartes postales. Son enthousiasme est indestructible, j'espère être aussi alerte dans vingt ans.

     

    Lelouch a souvent tourné avec ses femmes successives, Jia Zhangke réalise avec son épouse Au-delà des montagnes  leur septième long-métrage (23 décembre sur les écrans). L’envie est intacte, dit-il.

                                                               Au-delà des montagnes (2015) - uniFrance Films

    «On se connaît bien puisque nous sommes mariés et qu’on travaille ensemble depuis longtemps, mais avec ce film, j’ai découvert des aspects d’elle que j’ignorais, un monde intérieur qui m’était inconnu.»

    Le cœur de Tao balance entre le mineur timide et l’homme d’affaires entreprenant. Un choix de vie, un choix de société. Partir à Shanghai la trépidante ou se fixer à Fenyang, cité modeste dépendante des mines de charbon sur le déclin. Nous sommes en 1999, la Chine oscille entre tradition et libéralisme.

    Au-delà des montagnes Cruel dilemme pour Tao, qui aime également ses deux soupirants. Le cadre passe à 4/3 (1 :33, cfr The Artist) à 16/9 (1.85) en 2014, deuxième époque d’un mélodrame moderne. L’horizon s’est élargi mais le cœur a rétréci. Tao transmet les senteurs et les sons de la Chine éternelle avant de laisser son fils repartir en Australie où il vit avec son père.

    Elle cuit des boulettes longues, ... - Extrait VOST - Bande annonce du film Au-Dela des Montagnes (2015  elle lui fait écouter une chanson populaire,                ils prennent le train au retour pour retarder la séparation. Ces traces indélébiles maintiennent le lien au-delà de l’océan, même si en 2025, Dollar soutient qu’il n’a pas de mère, ni ne connaît son nom.

    Tao, ancrée à Fenyang, perpétue la belle époque romantique, en raccommodant le chandail bigarré qu’elle portait lors de ses premiers émois. Le tricot sert maintenant de manteau à son chien, témoin d’une nostalgie infinie. Tao garde des repères que son ex-mari et son fils ont perdus en Australie.

    L’horizon est encore plus large sous les cieux australiens, troisième époque en scope (2:40), dernier acte lumineux et poignant, à la recherche de racines enfouies sous une modernité clinquante et creuse. Dollar rue dans les brancards. Lui et son père parlent deux langues différentes. Dollar suit des cours de chinois. Son père a anglicisé son prénom mais n’a jamais appris l’anglais.

    «Rien de ce que je fais ne m’intéresse, je pourrais faire n’importe quoi, donne-moi ma liberté lance Dollar à son père Peter, jadis Zang. Son professeur de chinois l’initie à l’autonomie. Cette enseignante à la beauté flétrie lui rappelle sa mère. Allo, maman bobo…

                                                Record de pollution à Pékin ! | meltyBuzz

    Jia Zangke capte l’immuabilité malgré le profond bouleversement économique de la Chine. Amour, famille, choix affectif, lien à la mère, nostalgie du passé que le temps érode sans l’estomper, les états d’âme survivent aux révolutions. Tao signifie vague en français. Jamais la vague ne se lasse de revenir sur le rivage. Permanence et impermanence des choses.

    Le cinéaste suit sa ligne, il expose les séquelles du progrès à marche forcées qui plonge aujourd’hui Pékin dans un bain de pollution. Il garde le cap d’un cinéma épuré, au style déconcertant lorsqu’il insère des scènes étrangères à l’histoire, comme ce tigre en cage.

    «Ce tigre me faisait pitié, j’éprouvais de la tristesse pour lui, comme pour les humains, les personnages du film. Quand je voyage en Chine, dans les petites villes, je vais fréquemment voir les animaux dans les zoos, les voir m’inspire une forme particulière d’émotion.»

    Mia Madre, Le pont des espions, http://fr.web.img4.acsta.net/pictures/15/11/16/18/07/174674.jpg des films qui nous grandissent, œuvre de grands cinéastes.

     

     

     


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