• Il était une fois...

     

     

                                Couverture du livre Le Cinéma en héritage par Jean-Claude Missiaen         

     

    Sans un bruit se dérobe à mes yeux  (9 mai en Belgique, 20 juin en France). Mal placé dans mes occupations quotidiennes, ce contretemps modifie la chronologie d’une fin de blog programmée. Place d’abord aux impressions de lecture après avoir accepté Le cinéma en héritage, de Jean-Claude Missiaen, chez Archimbaud éditeur.

    Le septième Art a dévoré la vie de l’auteur depuis sa plus tendre enfance, entamée en 1939. Jean-Claude Missiaen a été l’attaché de presse de grands cinéastes. Sur le conseil de Claude Sautet, il a tâté de la réalisation, signant une trilogie policière de bonne facture dans les années quatre-vingts. Il a aussi publié des monographies appréciées, notamment sur Anthony Mann et Howard Hawks, réalisateurs révérés et côtoyés. Son entregent combiné à une culture cinéphile impressionnante a dégèle les cinéastes les plus rétifs à la confidence.

    En 1972, alors employé par le distributeur américain Les Artistes Associés, Jean-Claude Missiaen téléphone à Frederico Fellini dont Roma est sélectionné hors compétition à Cannes. Extraits de leur conversation :

    J-C.M. - Si je désire vous rencontrer, c’est évidemment pour nourrir le dossier de presse, mais c’est surtout pour vous questionner à propos du Flash Gordon d’Alex Raymond.

    F.F. – Flash Gordon… mais pourquoi ?

    J-C.M. –Je sais que vous avez dessiné quelques planches pour ce comic américain peu après son interdiction en Italie…

    F.F. – Je vous attends la semaine prochaine dans une trattoria près de la piazza di Venezia. Nous déjeunerons ensemble.

     

                             Cyd Charisse Picture    

    L’échange avait piqué la curiosité du Maestro. À l’époque, les distributeurs ne lésinaient pas sur les déplacements. Les voyages à Hollywood sont courants, les réalisateurs sont toujours bien disposés à l’égard d’un interlocuteur cultivé, polyglotte, poli et timide devant des stars comme Jean Gabin, Cyd Charisse ou Burt Lancaster. Ce dernier est devenu un ami fidèle au fil de rencontres à l’opéra de Vienne, à Cannes, Deauville, Malibu, Rome et finalement à Paris, hôtel Lancaster. Jean-Claude Missiaen bâtit son réseau au Bulletin de Cannes et à Cinémonde, revue de cinéma. Il orchestre une entrevue avec Dustin Hoffman et Martin Scorsese. Puis, réussit à monter un entretien privé entre FrançoisTruffaut et l'auteur de Taxi Driver.

    Le culte du grand écran naît des séances dominicales avec le père divorcé. En 1946, Le petit a sept ans. Il admire Errol Flynn en Robin des Bois sur l’écran géant du Gaumont Palace, la plus grande salle d’Europe avec ses six mille places et ses deux balcons. Sa mère est ouvreuse à Bobino, théâtre de variétés où il sera subjugué par Yves Montand. Le chanteur acteur devient également un ami en 1982. Il glisse deux mille dollars dans la poche de Missiaen afin qu’il puisse prolonger son séjour à Broadway. Il n’acceptera jamais d’être  remboursé.

                                     

    Le cinéma en Héritage accumule récits,amitiés, anecdotes. L'auteur intarissable note au passage la tendance du cinéma à la concentration (société unique pour la distribution des films Universal et Paramount, disparition des salles de quartier, réduction des studios de Saint-Maurice de 46 à 19 plateaux), rappelle qu’en 1967 le festival de Cannes cristallisait l’essentiel de son aura sur six cent mètres, entre l’hôtel Martinez et l’hôtel Majestic. Il n’y avait ni gardes du corps, ni service de sécurité omniprésent, ni badges spécifiques à l’entrée des palaces.  

    Le livre en impose. Son format A4 incite à tourner doucement les pages, agrémentées d’un portfolio central de 128 pages, reproduisant deux cent quarante et un clichés issus de collections privées. Nous sommes transportés à une époque révolue de stars, de westerns endiablés et d’amitiés nouées sur le coin d’une table ou d’un troquet.

                                                                          Nous visitons aussi quelques grands studios, Pinewood pour n’en citer qu’un, où se tournent les premiers James Bond. Sean Connery reprend le rôle après l’échec du sixième de la série avec le fade Lazenby. Il obtient le cachet fabuleux en 1971 de 1 million deux cent mille dollars, un pourcentage sur les bénéfices et la mise en chantier d’un futur  film de son choix.

    Je vous parle de potins glanés ici et là. Ce n’est pas l’essentiel de cet ouvrage historique. Le sel provient de la narration d’approches et de conversations avec une collection de grandes figures du cinéma, telles Sergio Leone, Woddy Allen, Claude Sautet, Joseph Losey, Philippe Noiret, Romy Schneider, Elia Kazan, Jerry Lewis… Ces personnalités, mises en valeur par l’agent de presse dévoué et ingénieux, illustrent la variété et la richesse d’un monde relaté avec la verve du cœur.

     

     


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