• Il était des fois

     

     

     

    Consultez le sommaire du magazine Le basculement du monde 1990-2020  

    La revue Sciences Humaines publiait au début de l’année un numéro anniversaire à l’occasion de ses trente ans. Le magazine a recensé les grands événements bouleversant le monde. Le coronavirus figure aux côtés de l’effondrement de L’URSS, de l’essor d’Internet et de la crise financière de 2008. Il y a aussi les cygnes noirs, ces événements qui changent le cours des choses de façon inattendue. Mai 68 a pris de court la croissance des trente glorieuses, le variant indien plombe la vaccination.

    L’histoire chavire sur un claquement de doigts, notre vie bascule en une fraction de seconde, à la suite d’un deuil, d’une guerre, d’un virus. La grande histoire nous échappe, pas la nôtre si nous la mettons en récit, selon notre imagination à surmonter les coups du sort. Soit, nous sommes les jouets passifs du désordre mondial, soit nous composons un récit alternatif à la fatalité.

     

    Une enfance africaine : roman autobiographique - Livre de ...                 

                                              Stefanie Zweig a vécu un de ces tournants de vie. En 1938, elle suit ses parents juifs au Kenya alors colonie britannique. La famille fuit le régime nazi. Le jeune couple quitte une condition confortable en Allemagne et devient salarié d’un éleveur. Stefanie débarque Nowhere In Africa titre de son roman autobiographique (1995) et d’un film (2001) tiré de son livre), diffusé hier sur ARTE.

    Stefanie éprouve une fascination immédiate envers son pays d’adoption, au contraire des ses parents. Owuor, le cuisinier Masaï, la prend sous son aile. La fillette apprend la langue locale et joue avec les enfants de son âge. C’est le paradis. Stefanie raconte cette époque heureuse dans un livre vendu à 7 millions d’exemplaires. L’auteure adulte se rappelle une période extraordinaire de son enfance. Les lecteurs sont sous le charme d’une réalité remaniée. Les spectateurs apprécient la mise en scène à la fois ample et intimiste.

                                            Nowhere in Africa

    L’imagination a le pouvoir de donner du sens et de la cohérence au passé ; elle arrondit les chocs, enjolive les faits et comble les blancs de la mémoire. Tant mieux si la narration embellit ce qui fut, elle permet d’être auteur de notre vie, suivant nos attentes et nos espoirs.

    Sans l’imagination, écrit Céline Curiol après sa dépression, « le monde alentour paraîtrait d’une sidérante neutralité, frôlant l’incohérence. Sans l’innovation de l’imaginaire, ma pensée se contentait de la routine du ressassement, n’envisageait plus d’autres scénarios d’avenir. »

    Jean-Pierre Leblanc frôle la dépression dans L'âge des ténébres, vu sur TV 5 Monde et à revoir sur le joli site de la télévision communautaire francophone. La vie de ce fonctionnaire québécois est tellement insipide, insignifiante, navrante qu’il fantasme un monde à sa botte, peuplé de femmes sexy, de succès littéraires, de revanches sur son sort misérable. 

     

                                           Una scena del film L'age des tenebres: 41967 - Movieplayer.it

    L’imagination de Jean-Pierre est débridée, au point de rendre sa vie encore plus morne. Denys Arcand alterne humour et critique acerbe de la société. Sorti en 2007, ce film évoque un virus dévastateur. Les montréalais portent le masque en rue, comptent leurs morts.

    Le réel me rattrape. La pluie tombe drue en goutte serrées. Les Belges se demandent comment voyager en France après le tour de vis de Macron. Un ami vivant en Suisse revient en Belgique et me propose un séjour dans un hôtel écologique en bord de Meuse. Ça  c’est l’aventure, déloger à 50 km de chez moi, dans un endroit paradisiaque. Je nous y vois déjà.

    « …Quiconque ne pourra se laisser emporter par d’autres images que celles d’une vie harassante subira de plein fouet ses cruautés… L’enclenchement de la résilience jaillit dans l’imaginaire… »

    (Le murmure des fantômes, Boris Cyrulnik).

     

    L’imagination au pouvoir,

    pluie et virus

    sous l’éteignoir,

    renaissent

    lumières de l’espoir.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :