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                             99 Homes Poster         featured_99-homes    

    Trois films d’affilée hier lors d’une journée de projection organisée par l’excellent distributeur belge Cinéart. 99 Homes a éclipsé les deux premiers. Il montre une société américaine impitoyable avec les perdants et la cupidité immorale d’hommes d’affaires bâtissant des fortunes sur la déchéance forcée.


    J’ai eu le souffle coupé en suivant l’expulsion inhumaine de propriétaires incapables de rembourser leur prêt hypothécaire. Leur sort est scellé en soixante secondes au tribunal puis en deux minutes chez eux. En fait, ce n’est plus chez eux.


    «Cette maison appartient désormais à la banque », énonce froidement Rick Carver, en frappant à la porte de familles apeurées. Deux policiers accompagnent l’agent immobilier, quatre videurs attendent en retrait le départ des malheureux mauvais payeurs.
    Les expulsés ont deux minutes pour emporter le strict nécessaire : argent, objets personnels, vêtements… Les videurs rassemblent le mobilier sur le trottoir. Les bannis disposent de vingt-quatre heures pour enlever leurs biens. Hébétés, ils ne comprennent pas ce qui leur tombe sur la tête. Certains n’ont que trois échéances impayées. Mais nous sommes en 2008, l’immobilier s’effondre, les taux variables étranglent les emprunteurs et les banques se couvrent à bon compte. Elles cèdent rapidement les biens saisis à des sociétés qui les revendent avec un profit substantiel.

    99 Homes : Photo Andrew Garfield, Laura Dern Rick jongle avec le marché, les lois et les combines. Il a fait fortune en trois ans. Il recrute Dennis, expulsé la veille, père célibataire vivant avec sa mère et son fils. Dennis travaille au ralenti dans le bâtiment, il veut récupérer la maison familiale coûte que coûte. Il ramasse un max de blé en exécutant les basses œuvres de Rick. Jusqu’où va-t-il composer avec sa conscience, ses valeurs pour reloger dignement les siens parqués dans un motel, véritable camp de propriétaires déchus.


    99 Homes décrit l’extrême violence sociale et physique d’une Amérique impitoyable avec les perdants. Le binôme Andrew Garfield/ Mike Shannon révulse et fascine à la fois. Le requin immobilier est fils de couvreur, son homme de main met un point d’honneur à recouvrer son bien. Ils saisissent les opportunités, l’un sans état d’âme, l’autre en perdant son âme. Engrenage impitoyable de l’argent facile, corrompu, grisant. La fin bâclée n’enlève rien à la puissance émotionnelle d’une réalité montrée sobrement, les images se suffisant à elles-mêmes.


    Ramin Bahrani a décroché le prix du Jury au Festival de Deauville. Son film ne sera pas distribué en France (visible en e-cinema). Il a tenu cinq semaines aux États-Unis, sorti sur deux écrans la première semaine, monté à six cent nonante en troisième et finissant sur sept écrans, à quatre-vingt mille spectateurs. Un flop magistral. Les Américains répugnent à voir leur côté sombre en face. 99 homes sort le 27 avril en Belgique. Merci à Cinéart. Ne ratez pas ce témoignage époustouflant sur la misère générée par un capitalisme dément proche d’un nouveau délire.

                                                                                      
    De quoi l’Allemagne peut-elle être fière ?, demandent des étudiants au procureur général de Hesse dans une émission télé à la fin des années 50.
    La fierté pour Fritz Bauer serait de traduire Adolf Eichmann devant les tribunaux allemands. Le magistrat juif se heurte à l’inertie d’un pays encore peu enclin à affronter son passé. Fritz Bauer, un héros allemand (13 avril en France, 20 avril en Belgique) dresse le portrait d’un homme courageux, roué, n’hésitant pas à solliciter le Mossad, les services secrets israéliens, afin de coincer l’organisateur de la solution finale, en clair, l’exécuteur en chef de l’extermination des Juifs.

                                                                                                                                                  


    L’Allemagne continue à exorciser le passé un an après Le labyrinthe du silence. Ces deux films se ressemblent dans leur sobriété et leur souci de coller à l’Histoire. Les deux réalisateurs ont des racines italiennes et leurs films sortent tous deux pendant le procès d’anciens nazis, employés dans les camps de concentration. Étonnant, n’est-il pas ?

     

    a second chance Je serai bref sur la troisième vision de la journée, Une seconde chance (en France depuis le 13 janvier et le 16 mars en Belgique), mise en images léchée d’un drame tordu qui m’a retourné viscéralement tant certaines scènes sont sordides. Suzanne Bier maintient un temps la tension puis se perd dans d’invraisemblables ressorts psychologiques trop appuyés.

     

                                              Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

                                                

     


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