• Haut les mots

     

     

                                                     L'Atelier : Photo Marina Foïs, Matthieu Lucci

    L’ancien animateur d’atelier d’écriture que je suis a savouré jusqu’à la dernière goutte le suc de L'atelier (8 novembre). La consigne de l’été sur les hauteurs de La Ciotat est ambitieuse : écrire un roman policier ancré dans le passé de la ville natale de sept adolescents sélectionnés parmi des candidats en délicatesse avec l’école. Olivia, écrivaine confirmée, se frotte à une jeunesse résignée, persuadée d’être sur les rails d’une vie dénuée d’intérêt, classe sociale oblige. Le groupe reflète la France actuelle. Il y a un noir, une beur de la troisième génération, un musulman, un franco-hispanique, une antillaise et deux français de souche.

    Malika est particulièrement motivée. Elle entend honorer la mémoire de son grand-père, ancien travailleur des chantiers navals tombés en faillite après avoir connu des heures florissantes. Ses comparses d’écriture flottent entre fiction totale ou polar mâtiné d’histoire locale. Antoine s’ingénie à contrer les idées passéistes. Il propose de situer l’action dans le port de plaisance des nouveaux riches. Sa personnalité ambigüe intrigue Olivia. Elle tente de cerner un caractère à la fois indécis et déterminé, en tout cas une plume prometteuse. En fait, les motivations de l’animatrice sont troubles également. Occupée à terminer un  nouveau livre, elle peine à étoffer son personnage principal. Antoine pourrait lui fournir la substance recherchée au cours d’un entretien particulier.

                                                                    

    « Pourquoi vous me posez toutes ces questions sur moi, ma vie n’a rien d’intéressant. Vous êtes curieuse parce que je vous fais peur. »

    Laurent Cantet inscrit cette relation équivoque dans un portrait de groupe dont il est friand. Les jeunes acteurs non professionnels sont criants de spontanéité. Ils exposent les doutes et les espoirs d’une génération, qui au fond, dispose des ressources pour lâcher les clichés réducteurs. L’écriture collective les pousse à réfléchir sur un projet commun. Le groupe quitte l’immédiateté des textos et des réseaux sociaux. Il expérimente la durée au fil de pages qui prennent corps au long de  discussions animées, parfois violentes, véritables joutes pour Olivia, vachement testée par ses émules. L’atelier est à la fois description du processus d’écriture et tableau d’une jeunesse déboussolée. Publier un livre constitue une rupture majeure avec l’image négative qu’elle a d’elle-même. La publication produit un passeport vers une nouvelle identité, fruit  d’une réflexion sur soi, éprouvante quête de son être réel.   

                                                    L'Atelier : Photo Marina Foïs, Matthieu Lucci

    Le groupe force Olivia à redéfinir la littérature comparée à la réalité. L’écriture est-elle réel imaginé, représenté ou doit-elle exprimer le ressenti, l’expérience vécue ? Se mettre dans la tête d’un assassin suffit-il à rendre palpable son état d’esprit ? La visite des anciens chantiers navals suffit-elle à relier les jeunes à l’histoire ouvrière (dix ans d’occupation du site) qu’ils ont vécue au mieux par procuration ?

    Antoine répond non à la plupart des questions. Il dénigre un livre d’Olivia.

    « Ce ne sont que des beaux mots. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il y a dans la tête d’un criminel si vous n’avez pas tué vous-même !  Vos mots compliqués, c’est du vent, c’est une langue de bourge !

    L’écriture pose les balises d’une meilleure connaissance de soi. Le groupe réajuste les egos. Le vivre ensemble génère un pas vers d’autres cultures. La vie, un atelier en mouvement !

     

     Au revoir là-haut : Affiche Plusieurs lecteurs du livre de Pierre Lemaître m’ont demandé si j’avais vu le film.                                   Oui, mais je n’ai pas lu Au revoir, là-haut (25 octobre). Les lecteurs sont contents de l’adaptation qui monte en épingle une péripétie secondaire dans le roman. La version cinématographique satisfait aussi l’auteur. Le film m’a donné une vague envie de lire le livre.  Pour ma part, j’aurais aimé que la réalisation assume complètement un picaresque esquissé. Le mélange hétéroclite de burlesque, de fantasmagorie et d’émotion m’a assis entre deux sièges, inconfort vécu légèrement grâce à quelques tendres séquences.

    Petit paysan (18 octobre) arrivé tard en Belgique m’a déprimé, fiction documentaire sur la résistance d’un petit exploitant face au machinisme."Je n'ai jamais rien fait d'autre, je ne sais faire que ça". Poignant ! Nul avenir pour l'artisan, cul et chemise avec sa

    trentaine de bêtes, affairé à leur parler et à les cajoler. Photo 2 Petit paysan - Film 2017 de Hubert Charuel

    Nous avons peu échangé avec nos amis à la fin de la projection.La conversation a viré de bord  rapidement. Nous voulions éviter de tirer le triste bilan d’une paysannerie mécanisée, endettée et désespérée. Il reste à fonder nos espoirs sur les groupements de paysans-artisans, promesse de renouveau comme jonquille au printemps, soutenue par des consommateurs motivés.

     

     

     


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