• Guère de souvenirs

                                    

     

                             Prochain atelier Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

     

    J’ai vu la Star Wars VII dans un état légèrement comateux, accablé par une sinusite. Le générique, similaire aux six épisodes précédents, m’a laissé indifférent. Mon cerveau a gardé enfouie l’émotion éprouvée au début de la saga en 1997. Pourtant Le réveil de la force ressemble fort à l’épisode IV, premier de la série. Les combats spatiaux sont époustouflants, les décors inouïs et l'héroïne inédite, Rey l’orpheline, a nettement plus de charisme que le pâle Luke Skywalker. Le méchant a rajeuni et porte le même costume que Dark Vador aux épaules moins larges.

     

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    J’ai suivi d’un œil distrait la lutte éternelle entre le côté obscur et lumineux de la Force. Leia, la générale en chef,  m’a sorti de mes brumes assoupies. Son visage avait à peine changé trente-huit ans après ses premières aventures. Une natte circulaire a remplacé la queue de cheval juvénile.

     

    Star Wars - Le Réveil de la Force : Photo Carrie Fisher, Harrison Ford Son couple avec Han Solo rayonnait de la nostalgie des années révolues.                                      Le duo assume avec enthousiasme ce retour aux sources. Quant à moi, j’encaisse un coup de vieux, incapable d’un regain de flamme. Repartir en guerre quarante ans après me paraît inutile. Avec l’âge, je suis devenu un spectateur introspectif.


    J’ai gardé peu de souvenirs des deux trilogies précédentes sinon que j’ai préféré la première. Les émotions consolident les souvenirs. La mémorisation vient d’une part de l’information sensorielle (vue, audition, odorat, goût, toucher, kinesthésie) et d’autre part, souligne Marie-Nathalie Beaudoin, « de l’humeur, du contexte, des pensées relatives à l’événement et de sa connexion à d’autres expériences similaires » (p.77, Les mille et une compétences en chaque enfant).


    La plupart de ce que nous vivons est enregistré à notre insu. Notre cerveau encode et stocke. Nos souvenirs nous définissent ; ils sont réactivés automatiquement ou délibérément. Nous pouvons revivifier le souvenir d’un film en nous rappelant le contexte de la séance : salle (vue), confort (toucher), friandises (goût), public (odorat), confort (toucher et kinesthésie), compagnie…

    La visualisation de séquences fortes favorise aussi la reconstitution. L’imagerie mentale personnelle facilite la remontée des souvenirs et des émotions vécues. La narration du film accentue le phénomène. Les mots s’associent aux images dépoussiérées, les séquences se recomposent. Dés que l’on tient un bout de l’histoire, le cerveau réveille « les neurones qui s’activent de concert et se connectent de concert» (p.78).


    Les questions posées au spectateur influencent encore la reconstitution d’un souvenir. La façon de raconter, l’émotion du narrateur et la réaction de celui qui écoute jouent également sur la description du passé. Lorsque je raconte un film, ce qui m’arrive souvent, mes auditeurs me coupent rapidement, pressés de raconter une belle histoire de cinéma vécue avec un parent ou lors d’une période charnière de leur vie. Je pense notamment à ce père de trois enfants, peu cinéphile, qui a prénommé ses petits des noms de héros et d’héroïnes admirés sur grand écran.


    L’impact et les retombées de la séance subsistent plusieurs jours, mois, voire plusieurs années. L’image sélectionnée (plan, scène ou séquence) ne produit pas nécessairement du sens sur le moment. La signification apparaîtra après décantation ou lorsque des liens sont établis subrepticement entre un ancien film et un film sur le même sujet vu dans un contexte similaire.

    Des événements, des circonstances, des actions sont mis en parallèle.                                                             http://www.stickers-du-monde.fr/372-418-thickbox/bobine-de-film.jpg Réagir de façon identique à un film dans un contexte déjà connu incite à tester un changement de comportement, à enrichir son univers personnel, à renoncer à la répétition d’un symptôme.

    C’est l’objectif des ateliers de ciné-thérapie narrative : glisser de la narration du film recomposé à la recomposition déclarée de sa vie. Les souvenirs seront au rendez-vous du prochain Cinémouvance (27 février 2016) afin de débusquer les secrets de famille.

     


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