• Grande guerre, grand film

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    Un mois après sa sortie, j’ai vu enfin 1917 dans de bonnes conditions. Le grand écran était une condition sine qua non. Inutile de vous raconter l’histoire, de tresser de nouvelles  louanges à une expérience immersive rarement vue au cinéma. Je vous livre plutôt les images qui m’ont marqué. Le film est encore projeté dans de nombreuses salles et continuera sa carrière après sa moisson d’Oscars (trois récompenses techniques).

     

                                               1917 : Affiche

     

    Il y a cet arbre au tronc décharné, clairsemé de feuilles vertes, survivant au milieu de vertes prairies à perte de vue, paisibles, ondoyant sous le vent. Le caporal Schofield se laisse glisser au pied du frêne, rescapé d’une ligne de front dévastée. Le soldat souffle et nous avec lui. Mission accomplie ! Des vies ont été sauvées grâce à sa détermination d’airain, respect d’une promesse faite à son ami mourant. 1917 commence sur une sieste bucolique, se referme adossé à un arbre.

    Entre ces deux moments de répit, la tension permanente de la traversée des lignes ennemies, en principe désertées par les Allemands, repliés quatorze kilomètres plus loin, sur une nouvelle ligne de front. Un no man’s land trompeur, peuplé de snipers, de rats, de corbeaux, survolé par des biplans surgis de nulle part.

    Moment de recueillement à l'écoute d'une chanson, douce mélopée, berceuse avant de retourner au casse-pipes après trois autres compagnies engagées. L'homme chante debout au milieu de ses frères d'armes. "Je rentrerai chez moi, je verrai mon père, je verrai ma mère... où est mon chez-moi?"

                                                         1917 : Photo

    Des fleurs de cerisiers tourbillonnent au-dessus des flots sur lesquels le messager se laisse porter, accroché à un arbre abattu. Il ferme les yeux, s’endort, coule, s’ébroue, ressort la tête de l’eau. Des fleurs blanches lui caressent le visage, réminiscence de son ami connaisseur de fruitiers. Il lui a juré de porter cette lettre, qui peut sauver 1600 hommes. Il se remet à nager, reprend ce voyage, aux confins de la réalité, l’esprit vacillant sous la solitude, les sens aux aguets dans des paysages truffés de reliefs de combat : amas de douilles d’obus, décombres enchevêtrés, mer de cadavres…

                                                          1917 : Photo Dean-Charles Chapman, George MacKay

    Clair obscur d’un village en proie aux flammes la nuit. Clarté du feu, naissance dans l’obscurité. Une femme terrée dans le noir recueille un bébé abandonné. Le soldat chante une comptine, l’enfant s’endort. Le fracas du monde s’est tu. Paisible îlot à contre courant de la folie guerrière. Suspension du temps.

                                           1917 : Photo

    Une seule scène de combat, magistrale, innovante par ses flux contraires. La troupe monte à l’assaut, jaillit des tranchées, droit devant. Un homme traverse latéralement la marée humaine. Il court comme si sa vie en dépendait, trois cents mètres à parcourir sous un feu nourri, en évitant ses camarades projetés dans une course mortelle. Une caméra unique au monde capte la scène en grand format. Le nouveau modèle est deux fois plus gros et a une résolution deux fois plus grande que les 35mm classiques. Saisissant.

        1917 : Photo George MacKay

                                                                                                            Nul message antimilitariste, nulle gaudriole. Juste une anecdote, révélatrice de l’état d’esprit du si jeune caporal. Il a troqué sa médaille, décrochée pour bravoure, avec un officier français, contre une bouteille de vin. « Ce n’est jamais qu’un bout de métal avec un ruban ». Le courage, la volonté, la fidélité à la parole donnée sont anonymes, valeurs décuplées par la mémoire des disparus et la perspective de préserver des vies, pied de nez à l’aveuglement des va-t’en-guerre.

    Sam Mendes a choisi les récits de son grand-père comme source d’inspiration. Ce témoin de la « grande guerre » a été décoré de la médaille militaire de bravoure lors de la bataille des Flandres.1917 lui est dédié. Il n’a jamais parlé de la guerre avec son fils. Il a préféré confier sa mémoire à la génération suivante, le temps peut-être, de composer avec des souvenirs trop traumatisants.   

                                                1917 : Photo George MacKay

    Intense émotion chez mon épouse, dont le grand-père a perdu un bras en 1918, lorsqu’elle voit un blessé victime de la même mutilation.

    Notre ami très impressionné, passionné d’histoire : « Un grand film ».

    TED

    Tout est dit…


     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Février à 12:00

     

    Bonjour Patrice,

    Nous allons le voir ce soir après lecture de ta critique.  

    Bonne journée.

    Francis

    2
    Vendredi 14 Février à 12:08

    Voilà qui conforte l'essence de ce blog, ouvrir le champ de la réflexion et donner envie. Bonne soirée.

    Patrice 

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