• Fraternité

     

    L’idéal olympique souvent malmené par les considérations financières et les visées politiques reprend de l’éclat sur les pistes ou à la remise des médailles.  A quatre-vingts ans de distance, des concurrents fraternisent dans le stade. En 1936, le sauteur en longueur allemand, Luz Long, aide Jesse Owens à se qualifier pour la finale. Le noir de l’Ohio et le blond Aryen se serrent la main après le triomphe de l’Américain, à la grande colère d’Hitler et de Goebbels, qui refusent de serrer la main d’un «négro». Les deux compétiteurs sont restés amis jusqu'à la mort de Long, tué sur le front de Sicile, envoyé au combat en punition de sa fraternisation avec la race honnie.

                                                    Luz Long et Jesse Owens, le 4 août 1936, à Berlin.Luz Long et Jesse Owens en 1936

     

    Rio 2016, podium du saut à la perche. Le public siffle Renaud Lavillenie, médaillé d’argent derrière le héros local, Thiago Braz Da Silva. Les cariocas chambrent le Français pour sa déclaration malheureuse après son ultime essai tenté dans un chahut infernal, inhabituel aux Jeux.

    Je pense que la dernière fois qu'on a vu ça, c'est quand Jesse Owens a couru en 1936. Le perchiste tricolore, rouge de honte, a rapidement admis que la comparaison était malheureuse et inappropriée. Le brésilien a consolé son rival en pleurs après une nouvelle huée le jour de la remise des prix ; Thiago Braz a même prié le public de se calmer.

    Jesse Owens a longuement hésité avant d’aller aux Jeux de même que le comité olympique américain. Le vote de participation a été acquis à deux voix près, 58 pour, 56 contre. Le jeune noir, né pour courir, ira à Berlin, avec l’obligation de gagner afin de ternir l’opération de propagande nazie déployée dans un stade de 110.000 spectateurs, toujours debout. Jesse portera haut le flambeau des noirs américains et de deux juifs exclus de l’équipe US du 4x400. Il gagne quatre médailles d’or et donne raison aux participationnistes. Hitler s’étrangle tandis que Goebbels blêmit dans la tribune d’honneur.

    La facture classique de La couleur de la victoire  de la victoire convient parfaitement au rappel d’une page mémorable de l’histoire des JO et de l’humanité. Mon père me l’avait racontée lorsque qu’un Belge a été médaillé d’or en 1964. Je me pris d’une passion pour le grand rassemblement mondial de la jeunesse sportive. J’y consacrai une élocution de dix pages. Adolescent, je m’étais mis en tête d’aller aux Jeux pour la Belgique. J’avais choisi le 800m, le temps de qualification étant à ma portée, pensais-je. Je courais le 400 m en 52 secondes, il me suffisait de doubler sur 800. Personne ne s’intéressait au double tour de piste en Belgique à l’époque. Finalement, le basket-ball a noyé mes ambitions.

    Le biopic tombe à pic en pleine session olympique. Seul dans la salle, j’ai applaudi la poignée de mains au-delà des racismes, j’ai été écœuré  par l’hypocrisie d’Avery Brundage, futur président du Comité International Olympique. Le film développe largement le contexte de ces Jeux controversés, ce qui donne à l’arrivée deux heures intéressantes, alternant petite et grande histoire, sport et politique, débat de conscience et aveuglement. Le racisme intra américain à l'époque est encore bien vivace aujourd'hui; il résonne chaque fois qu'un policier blanc abat arbitrairement un noir soi-disant menaçant, JO ou pas.

     

                                                           A voir avant la fin des Jeux ou juste après.

     


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