• Fin d'une époque, début de l'horreur

     

     

    Le pire et le meilleur résident en l’homme. Les oiseaux de passage montrent le pire. Pourtant, cette histoire tournée en quasi légende, commence par une fascinante danse d’accouplement, tout en voile rouge gonflé par les vents du désert aride de Colombie. Le prétendant d’un clan moins huppé que les indiens Wayuu conquiert haut la main de Zaïda en réunissant la dote insensée requise pour évincer ce berger de condition modeste.

                                                  Les Oiseaux de passage : Photo José Acosta, Natalia Reyes

    La matriarche s’incline à contrecœur, convaincue que cette union déplaira aux esprits. Ursula fait parler les rêves et connaît la symbolique des oiseaux de mauvais augure. Nous sommes en 1961, la déliquescence des traditions Wayuu a commencé. En vingt ans, les codes moraux sont réduits à néant par le trafic de « l’herbe sauvage », vendue par tonnes aux gringos. Le gendre maudit a montré la voie en souillant la terre sacrée, initiant un premier convoi de marijuana pour payer la dot de Zaïda. Ursula suit le mouvement, au détriment de ses valeurs. L’argent facile corrompt et rompt le contact avec les esprits.

    Les rêves, preuves de l’existence de l’âme, ne parlent plus. La violence détruit la parole donnée. Place au western, colt à la ceinture, avec ou sans holster. On assiste à la naissance d’une stature mafieuse, sanguinaire et cupide. C’est ainsi que naquirent les cartels de la drogue. Les chefs de clans ont en commun un souci de protection de leur progéniture qui les mènera à la tragédie.

                                        Les Oiseaux de passage : Photo Carmiña Martínez

    Le respect, c’est l’honneur. Et l’honneur, c’est la parole. La rivalité entre clans ravage ce mantra. L’approche ethnologique cède le pas au classique film de narcotrafiquants, augmenté d’une touche de cosmogonie,qui confère aux oiseaux de passage un caractère sidérant. Les coutumes Wayuu appartiennent à un monde impénétrable, mélange de réalisme magique et  d’animisme.

    La singularité d'un voyage insolite dans un passé pas si lointain, mené par deux artistes du cru, vous tient jusqu’au bout de cette chronique de mort annoncée. J’ai mis du temps à émerger d’une tension latente qui vous saisit dès les premières images. J’imagine aujourd’hui l’angoisse des forces de l’ordre face à ceux qui sont devenus des criminels sans foi, ni loi.  

    Un chantre conte la légende, ouvre et clôt le récit. Il raconte avant de perdre la mémoire, avant que le sable n’efface les traces de ce malheur. La perte de la mémoire, c’est la perte des rites et traditions qui fondent l’identité d’un peuple. Serions-nous des oiseaux de passage… 

                                 Les Oiseaux de passage : Photo


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