• FIFF, jeune cinéma et coup de sang

     

     

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    Pour sa trentième édition, Le Festival International du Film Francophone propose une programmation orientée vers le futur, avec seize films en lice dans la compétition de la première œuvre de fiction, un de plus que la sélection officielle. En ouverture et en clôture de la semaine namuroise, deux premiers longs-métrages également, Préjudice  et Je suis à vous tout de suite.

                                                                                            Je suis à vous tout de suite


    Une quinzaine d’étudiants en cinéma réaliseront chacun un court-métrage revisitant les œuvres marquantes du FIFF depuis sa création en 1986 (j'y étais). Ce sera le seul coup de projecteur sur le passé, hormis l’invitée coup de cœur Vanessa Paradis qui fête ses trente ans de carrière, heureuse coïncidence. Olivier Gourmet, un habitué, présidera le jury de la compétition officielle.
    Le FIFF se positionne résolument en découvreur de jeunes pousses, qu’ils soient cinéastes, acteurs ou scénaristes. Il n’y a plus vraiment de tête d’affiche, le public cultive le plaisir de la découverte, parmi les 77 films proposés, au gré de ses envies. Cette année, la France et la Belgique sont présentes en force.


    Keeper donne un avant-goût du FIFF.

     

    Le premier film de Guillaume Senez sort en Suisse romande le 28 octobre et en janvier sur les écrans belges et français. Il montre l’impasse d’une grossesse précoce quinze ans. Mélanie et Max s’aiment d’amour tendre, tous deux enfants de couples dissociés. La décision de le garder se joue presque à pile ou face. Maxime a envie, Mélanie hésite, puis se laisse convaincre. La mère de Mélanie lâche sa fille. Patricia a été fille-mère, la plaie est encore vive, elle est incapable de soutenir Mélanie. Sûr qu’elle paraîtra antipathique à plus d’un. La mère de Maxime assure, soucieuse de maintenir un lien familial après son divorce.


    On comprend rapidement que les deux tourtereaux sont embarqués dans une belle galère. Leur parcours tient du docudrame étiré et souffre d’une absence de point de vue. Le succès du film reposera sur le degré de sympathie envers ce couple dépassé par un événement plus grand que son amourette.

                                                                                                          


                                          Mélanie assume, Maxime rêve. L’assistant social lui demande pourquoi il veut garder l’enfant :


    -Parce que j’en ai envie.
    -Ca ne suffit pas ton envie, il me faut plus de mots pour ceux qui assumeront la responsabilité de l’enfant avec vous.
    Maxime n’a pas les mots. Il trouve ça chouette, un enfant. «Au moins, c’est un truc qu’on a fait à deux.» Il y a des tas d’autres choses qu’on peut faire à deux, répond Mélanie.


    Maxime n’en a cure, il a cette envie de garder le bébé, sans en avoir eu le désir, c’est-à-dire vouloir quelque chose et accepter de ne pas céder illico à sa pulsion. L’envie est autocentrée, le désir englobe l’autre, suppose une satisfaction différée.

    Difficile dans une société "organisée par l’exhibition de la jouissance." Charles Melman, dans ses entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, (L’homme sans gravité, jouir à tout prix, Ed.Denoël) décrit une mutation culturelle, où «le sexe s’envisage aujourd’hui au titre d’un besoin, comme la faim ou la soif, maintenant que sont levées la limite et la distance propres au sacré qui l’hébergeait.»
    La pose et le respect de limites se complexifie au sein de familles décomposées, recomposées, monoparentales, d'unions monosexuelles. L’autorité, celle qui permet à un individu, à une famille, à une société de se construire dans la confrontation et le dialogue, cette instance de référence disparaît au même titre que la nécessité de penser avant d’agir et d’articuler cette pensée en paroles.


    Sans limite, le monde tourne fou au grand profit de l’économie axée sur l’assouvissement immédiat et illimité de nos envies.
    Certains cinéastes expirent à fond l’air du temps. Bang Gang a électrisé le Festival de Toronto, selon la journaliste du Monde, réjouie de voir évoluer de beaux jeunes corps nus. Dans ce premier film, quatre lycéens de 16 ans et bientôt tout le lycée « découvrent, testent et repoussent les limites de leur sexualité. Ils vivent une période intense au milieu de scandales et de l’écroulement de leur système de valeurs.» 


    Keeper ne cède heureusement pas à cette mode exhibitionniste trop expansive à mon goût. Ce premier essai pourrait cartonner dans les écoles, en guise de mise en garde efficace contre les conséquences d’une sexualité prématurée. C'est le moment de préciser que les 15-20 ans bénéficient de la gratuité sur toutes les séances de 15 à 20h d’un FIFF qui s’annonce festif et musical.

    Bon anniversaire!

     


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